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Homélie prononcée le 15 août 2026
Cette scène de la Visitation, à y regarder de près, a quelque chose d’étonnant, peut-être même de déconcertant. Deux femmes qui portent chacune la vie d’un enfant, l’une, malgré sa stérilité, l’autre malgré sa virginité, défiant par leur accueil de Dieu les impossibilités humaines. En effet, là où on ne l’attendait pas, Dieu fait jaillir la vie ! Jean-Baptiste, le dernier des prophètes de la première Alliance et Jésus, le Fils de Dieu. Ce sont deux humbles femmes, l’une toute jeune, l’autre plus âgée, qui bénéficient de ce don de Dieu et se réjouissent ensemble. L’Assomption de Marie prolonge et épanouit cette “ligne de vie” tracée par Dieu Lui-même. La mort ne peut retenir celle qui a accueilli et chanté la Vie.
En 1950, l’Église catholique romaine n’avait pas la réputation d’être particulièrement féministe, et la voilà qui a mis en évidence, glorieusement, une femme, en l’occurrence une petite servante de Nazareth, un village obscur de Galilée.
Pourquoi ? L’explication, qui n’efface pas le mystère, se trouve en Dieu. Cette femme ordinaire, Marie, était en fait extraordinaire. Dieu l’a choisie entre toutes les femmes pour en faire la mère de Jésus, le fils de Dieu fait chair. Elle a pleinement et librement collaboré à l’incarnation et à la rédemption, de tout son cœur, de tout son corps, de toute sa foi : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Dès lors, elle a pu chanter sans se vanter : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom. » Et maintenant, nous pouvons ajouter : « Marie, tu es bénie entre toutes les femmes… Oui, toutes les générations te disent bienheureuse. »
Heureuse, comme nous l’imaginons spontanément, Marie l’a été ; mais pas toujours. Marie a connu l’espérance de la grossesse, le bonheur de la naissance de son enfant, mais aussi l’épreuve de la pauvreté à la crèche de Bethléem, les aléas de l’exil en Egypte, l’inquiétude de ne pas retrouver son enfant, et même l’incompréhension avec Jésus qui a pris ses distances, qui a arrêté son métier pour suivre sa vocation. Et surtout, au pied de la croix, elle a porté et supporté dans son cœur de mère, la mort de son enfant qu’elle savait innocent et sacrifié. Voir mourir son enfant, n’est ce pas mourir ? Une mère est là pour transmettre la vie, pas pour la voir partir.
Aujourd’hui, nous sommes en fête à cause de Marie. Ou plutôt nous communions dans la joie avec sa communion parfaite avec son fils, Jésus le ressuscité. Selon la tradition de l’Église, en Orient et en Occident, nous croyons que la mère a suivi son fils dans la gloire de la même façon qu’elle a été associée de très près aux mystères de sa passion. L’Assomption de Marie, c’est un peu la suite logique de sa maternité qui a donné un corps et un cœur humain au Sauveur du monde.
Et ce Sauveur le lui rend bien en la prenant à ses côtés, avec son corps et son cœur à elle, dans la gloire de Pâques.
Mais attention. Que ce privilège n’éloigne pas Marie de nous, qui sommes aussi ses enfants, puisque Jésus l’a confiée pour mère au disciple Jean, et à travers Jean à tous les disciples. Elle est de la famille, dans la famille humaine, très humaine. « A partir de cette heure-là, dit l’évangéliste, le disciple la prit chez lui ». Et nous aussi, prenons-la avec nous.
Dans l’art, dans la littérature, on a pu présenter Marie comme quelqu’un de tellement extraordinaire qu’elle a pu devenir un peu comme une extra-terrestre. Marie n’est ni une déesse, ni la quatrième personne de la Trinité. C’est une femme de foi, d’espérance, de persévérance et de simplicité. Marie a une sainteté simple dans l’ordinaire des jours…et du coup elle est bien notre modèle. Marie a dit oui au Seigneur au jour le jour. Acceptons de dire oui au Seigneur chaque jour et que nos vies en soient transformées !
C’est d’ailleurs pour cela que s’est mise en place la tradition de la prière de l’Angélus. 3 fois par jour, nous sommes invités à ne pas oublier que Marie est notre modèle : L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie/ Voici la servante du Seigneur/ Et le Verbe s’est fait chair. Et si le Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, comme nous l’a rappelé opportunément en son temps Martin Luther, Marie est seulement, mais c’est déjà beaucoup, la première en chemin pour aller vers Dieu. Elle n’est pas l’essentiel, mais elle permet l’essentiel. Elle est la servante du Seigneur, la servante de la Vie, tellement accordée à Dieu qu’Il la reçoit dans ses bras. Oui, elle nous précède, mais sans nous lâcher la main, dans la communion des saints.
Marie nous précède dans la foi et nous conseille : « Faites tout ce que Jésus vous dira. » Elle nous tient dans ses bras maternels quand nous traversons des épreuves, elle qui a traversé les siennes à cause de Jésus, mais surtout avec Lui, jusqu’au bout. Elle nous entraîne à faire Église avec les apôtres et tous nos frères et sœurs selon l’Évangile, comme elle l’a fait par sa présence et sa prière au Cénacle de Jérusalem, en attendant l’Esprit promis.
Aujourd’hui, elle nous montre dans sa personne l’accomplissement de la promesse, à savoir l’entrée – corps, cœur et âme – dans le royaume des cieux, auprès de Jésus ressuscité. C’est ce à quoi nous sommes promis quand nous aurons franchi les ravins de la mort.
Oui, il est beau, il est bon que ce soit une femme, cette femme, servante et royale, humble et glorieuse, qui nous accompagne et nous entraîne sur le chemin qui mène à la pleine communion avec le Christ Jésus. Elle est le pont entre le la terre et le ciel où elle nous précède et nous attend ! Amen
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