Celui à qui l’Église appartient

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Homélie prononcée le 20 décembre 2020

Frères et Sœurs,

cet évangile de l’Annonciation que nous venons d’entendre nous redit que Jésus de Nazareth est un homme né d’une femme vierge, Marie de Nazareth, qui l’a conçu de Dieu lui-même sous l’action de l’Esprit-Saint. Voilà le berceau de notre foi chrétienne à quelques jours de Noël.

Nous savons que les détracteurs du christianisme veulent réduire cet évangile à une pieuse légende semblable à l’engendrement de certains pharaons égyptiens ou de certains dieux ou demi-dieux gréco-romains qui auraient été, eux aussi, conçus par une divinité venue féconder une femme plus ou moins vierge. Cet évangile de l’Annonciation ne serait donc, au bout du compte, qu’un récit mythologique de plus entièrement dénué de toute réalité historique. Le pape allemand Benoît XVI qui connaît bien ce monde intellectuel a rappelé que, pour plusieurs historiens sérieux, le parallèle entre Jésus et les dieux ou demi-dieux païens, notamment grecs, ne tient pas et n’est pas convainquant. Car la conception virginale de Jésus dans le sein de Marie n’a rien à voir avec la conception mythologique d’un demi-dieu comme Hercule, par exemple, fruit de l’union de Zeus avec une femme1. Car Jésus n’est pas un demi-dieu, à moitié homme et à moitié dieu. Non. Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme, parce qu’il est pleinement le Dieu unique et transcendant qui prend pleinement sur lui notre condition charnelle, en naissant de la Vierge Marie, et en étant semblable à un fils de Joseph descendant de David.

En outre, cette conception de Jésus dans le sein de Marie a été transmise par son milieu familial. Saint Luc nous le dit clairement : « Marie gardait toutes ces choses dans son cœur » (Lc 2,51), et, avec Marie, tout l’entourage de sa cousine Élisabeth (Lc 1,66). La conception virginale de Jésus dans le sein de Marie n’a donc pas inventée après coup, et en l’occurrence après Pâques. Cette conception virginale ne sert pas à légitimer après coup un quelconque pouvoir politique ou héroïque du Christ, comme c’est le cas chez les grands hommes d’Égypte ou de Grèce ou de Rome. Du reste – et vous le savez bien Frères et Sœurs – Jésus n’a revendiqué pour lui aucun pouvoir terrestre, ni politique ni héroïque. Au contraire, il a été honteusement crucifié comme jamais un pharaon ou un dieu gréco-romain n’aurait accepté de l’être. L’Annonciation n’est donc pas un récit mythologique, et elle correspond bien à un événement historique réel qui a eu lieu en Israël il y a 2000 ans.

A quoi il faut ajouter, toujours avec le pape Benoît XVI, que cette réalité historique et concrète de l’Annonciation est justement le scandale de notre foi chrétienne pour les esprits modernes, scandale parce que le Dieu de Jésus-Christ n’intervient pas seulement dans les idées, les opinions ou les pensées des hommes. Le Dieu de Jésus-Christ intervient dans la réalité physique et matérielle de l’être humain, en suscitant le corps charnel de Jésus dans le sein de Marie, et en ressuscitant ce même corps de chair au matin de Pâques à Jérusalem. Là est la pierre de touche qui distingue le christianisme de toutes les autres religions du monde.
Dieu qui est Esprit est le créateur de la matière. Oui, Frères et Sœurs – et nous n’y pensons pas assez – Dieu qui est Esprit et le créateur de la matière. La matière vient de l’Esprit, et Dieu y intervient donc en y étant chez lui !

Il s’incarne par l’Esprit dans l’humanité. Il se fait homme. Il prend la condition humaine depuis la conception jusqu’à la mort et, au-delà, jusque dans la résurrection. Il nous touche au corps, que nous soyons homme ou femme. Et cela dérange. Cela gêne que Dieu se mêle ainsi de nos affaires. Et pourtant, c’est justement cela qui sauve nos vies si incarnées, si concrètes, et si marquées par les douleurs du monde. Voilà Frères et Sœurs – cette nouvelle inouïe de notre foi chrétienne, merveille d’un amour infini qui s’acclimate à nous au plus profond de nos vies, pour nous faire renaître en lui.

Vous le voyez, ce matin nous n’admirons pas seulement ce que Dieu fait en Marie en s’incarnant, et en devenant Jésus. Nous admirons aussi, à partir de là, ce que Jésus, à son tour, fait en nous, réalise en nous, accomplit en nous. Il nous fait renaître en lui, en nous donnant la foi, l’espérance et la charité. Selon la prophétie de la première lecture, il construit ainsi son Église, la demeure de Dieu. Car Jésus, fils de David, est ce descendant royal qui bâtira la demeure de Dieu, d’après ce qu’a dit le prophète Nathan à David (2S 7,13).

Or, cette demeure de Dieu, David s’imagine qu’il va la construire lui-même, par ses propres forces, comme il le dit au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile », sous-entendu « moi David, je vais bâtir pour Dieu une maison digne de lui ». Non, lui répond Nathan. Ce n’est pas toi qui bâtira cette maison de Dieu. C’est ton enfant, ton lointain successeur qui bâtira la demeure de Dieu.

Et cet enfant, c’est Jésus. Cette demeure, c’est l’Église. Mais ce David, Frères et Sœurs, c’est nous, nous qui nous imaginons que nous allons bâtir l’Église par nos propres forces. Nous avons tellement d’idées sur ce que l’Église devrait être et qu’elle n’est pas, et sur ce qu’il faudrait faire pour qu’elle soit ce qu’elle doit être etc. Or la prophétie nous dit que ce n’est pas David mais Jésus qui va édifier la Maison de Dieu. En d’autres termes, le prophète nous dit que ce n’est pas nous, comme nous le pensons – et comme déjà David le pense - qui bâtissons l’Église, mais que c’est le Christ qui la bâtit, qui la construit, à travers nos pauvres existences de pécheurs plus ou moins convertis.

Bien sûr, nous construisons des cathédrales de pierres et de briques. Nous soutenons des diocèses, des écoles et des hôpitaux catholiques. Mais quand on parle de l’Église, dans son cœur et dans sa vraie profondeur, on parle de l’œuvre du Christ. On parle de l’humanité qui se laisse régénérer par la grâce du Christ, qui se laisse renouveler par l’Esprit-Saint. Prenons conscience qu’à travers les bâtiments chrétiens et les institutions humaines, fragiles et faillibles, c’est Jésus lui-même qui bâtit son Église malgré le péché des pécheurs, et grâce à la sainteté des saints. Dit autrement, l’Église ne nous appartient pas. Elle appartient au Christ. L’Église n’est pas notre œuvre. Elle est l’œuvre du Christ, fils de David et fils de Dieu selon les Écritures. L’Église est le royaume du Christ. Et ce royaume, il est crucifié, comme le Christ est crucifié par le péché des hommes et surtout des croyants, nous le savons assez. Mais ce royaume, il est sans cesse renouvelé par l’Esprit-Saint de la Résurrection. Voilà ce qu’il nous faut voir ce matin : pas seulement le Christ en sa divinité qui prend chair dans le sein de Marie, mais l’œuvre que le Christ accomplit dans notre chair, c’est-à-dire l’Église en son mystère, cette Église que le Christ et lui seul édifie pour nous les hommes et pour notre salut. Cette Église vivante, cette humanité-là qui croit, qui espère et qui aime, ce n’est pas nous qui la faisons advenir. Ce n’est pas nous qui édifions l’humanité renouvelée par la grâce du Christ. Nos choix nous rapprochent ou nous éloignent de la vie dans la grâce du Christ, mais ils ne sont pas la source de cette vie. Car la source de cette vie, c’est Dieu, c’est le Christ, lui qui est amour et vérité, justice et paix, obéissance et liberté.

Alors, dans ces conditions, nous devons mesurer le grand défi qui nous attend. Nous, humanité du troisième millénaire, laisserons-nous Dieu, laisserons-nous le Christ construire son Église construire dans sa grâce l’humanité de demain à son image et à sa ressemblance, l’humanité qui mettra ses progrès futurs au service de la dignité humaine et du bien commun ?
Ou, au contraire, construirons-nous nous-mêmes pour demain une humanité certes sans tares et sans défauts, mais une humanité qui éliminera les faibles et les petits, et qui fabriquera des hommes au service de surhommes supérieurs eux-mêmes dénaturés ? Dans les décennies qui viennent – et nous y sommes peut-être déjà - nos successeurs auront à choisir entre Dieu et le transhumanisme.

Mais Dieu, lui, sera toujours là pour celles et ceux qui se confieront en lui. Et le salut n’est pas et ne sera jamais dans l’immortalité physique d’un corps biologique indéfiniment régénéré. Le salut est dans la transformation de nos vies par la puissance d’un amour qui s’est révélé en Jésus, et qui nous promet une glorification de notre chair au-delà des facultés humaines les plus avancées, les plus évoluées. Laisserons-nous Dieu être Dieu, ou prendrons-nous sa place, dans l’ivresse de nos conquêtes ? L’avenir le dira. Mais l’éternité nous dit que c’est l’Amour Miséricordieux qui sauve. Et cet amour est né parmi nous sous la forme d’un enfant dans la nuit de Noël, petit-fils de David annoncé par les anges, couché dans une mangeoire, et adoré par des bergers.

Frères et Sœurs, il y a une étoile qui brille, dans la nuit de ce monde, pour tous les cœurs qui veulent aimer vraiment. Cette étoile, c’est le Christ. Soyons heureux que ses rayons nous touchent dans nos obscurités, qu’ils nous guérissent et nous rassemblent dans une demeure commune. Soyons heureux comme des enfants dans la Maison de leur Père qui, comme à leur insu, rayonnent autour d’eux la lumière de la vie vécue dans l’amour de Dieu. Cette lumière nous la portons en nous comme un trésor dans des vases d’argile. C’est notre mission d’en témoigner à nos contemporains. Mais c’est d’abord notre joie de la célébrer à Noël comme la preuve que Notre Seigneur nous aime et qu’il se met à notre portée, pour nous prendre auprès de lui, dans sa tendresse et dans sa puissance, dans sa douceur et dans sa paix. Amen.

Père Patrick Faure

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