Une étincelle de Dieu

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Le dernier livre de Marie Moreau est publié aux Éditions de l’Hermattan. Marie nous témoigne de sa participation au parcours Disciple-Missionnaires et des fruits qu’elle en a retiré.

Le P. Faure, recteur de la cathédrale de Grenoble, et responsable du parcours Disciples-Missionnaires, a bien voulu préfacer le livre.

Le livre est disponible aux Éditions de l’Harmattan, en ligne, ou chez votre libraire.
Une étincelle de Dieu

Présentation

Après avoir vécu le « Parcours Disciples-Missionnaires », une formation qui se tient dans l’espérance, la foi et la charité, l’auteur vous fait partager en ces quelques pages ce qu’elle ressent lorsqu’elle rencontre son prochain pour lui annoncer l’Évangile, dans la joie et la lumière du Christ ressuscité.

Évangéliser en se laissant éclairer par le feu de l’Esprit trois fois saint, c’est un peu comme déposer dans l’âme de chaque personne rencontrée une étincelle de Dieu, une lueur toute petite mais que l’on espère féconde, qui va ouvrir et peut-être enflammer son cœur. Cela commence par un sourire, une parole, et peut mener à un bel échange. Pour cela, il faut aimer son prochain sans conditions, sans le juger, avec douceur, et alors tout peut commencer !

Osons donc faire connaître autour de nous l’Évangile de Jésus le Fils de Dieu, le Crucifié, le Ressuscité, la Lumière du monde ! Par le souffle de l’Esprit-Saint, Dieu nous donnera, à nous qui sommes ses enfants, de vaincre nos peurs, de nous lancer dans la mission et l’apostolat, et ainsi de déployer toutes les grâces de notre baptême dont notre âme a été marquée à jamais. Chaque vie est un mystère. Mais le plus grand mystère, c’est celui de la Trinité : un Dieu unique en trois Personnes, unies par l’Amour car, comme nous le dit l’Apôtre saint Jean, Dieu est Amour.

Efforçons-nous de nous approcher de Dieu, de nous laisser attirer par lui, et chaque jour il sera toujours plus à nos côtés. N’ayons crainte de proclamer la Bonne Nouvelle, en laissant à chacun sa liberté, et toujours dans la charité.

Préface

Le dernier ouvrage de Marie Moreau est un fruit qu’elle a retiré du parcours « Disciples-Missionnaires » proposé par le diocèse de Grenoble-Vienne. L’A. s’adresse à des croyants pratiquants qui désirent comme elle se former à l’annonce de l’Évangile. Ce parcours qu’elle a suivi pendant un an, de septembre à juin, au rythme d’un week-end par mois, est une série de dix rencontres dans un centre spirituel où les participants se retrouvent du samedi après-midi jusqu’au dimanche après-midi, en passant la nuit sur place. Ils vivent une expérience de prière et d’enseignement, de témoignage, de partage et de convivialité qui leur fait toucher la richesse humaine et spirituelle de l’Église.

Les fruits qui en résultent sont portés par chacun selon sa manière d’être. Dans l’exposé qu’elle nous donne ici, l’A. laisse éclore sa personnalité toute en mesure et en douceur, et, en même temps, audacieuse et confiante en la présence de Dieu qui fera grandir dans les cœurs ce qui aura été semé lors d’une rencontre inopinée ou bien au long d’une relation suivie. Un bel exemple est ainsi donné de ce que peut produire une formation pour adultes qui vise avant tout à aider l’être chrétien à mieux s’enraciner dans le Christ pour mieux s’ouvrir au monde d’aujourd’hui.

Une formation pastorale des laïcs

Le parcours proposé n’est pas professionnalisant. Son but n’est pas d’acquérir des compétences pour obtenir un poste, mais d’approfondir le sens du baptême qui attache au Christ et qui fait entrer dans la vie de l’Église, fraternelle et évangélisatrice. L’évaluation de l’effet produit sur les participants est laissée à leur jugement à mi-parcours sous forme de questionnaire, et, en fin de parcours, sous forme d’entretien avec deux des trois formateurs, en écho à la rencontre initiale qui permet de s’inscrire à ce cursus. Cela étant, à côté de ces deux moments privilégiés, cette évaluation s’efforce d’être à l’écoute des participants tout au long des week-ends de formation. Par ailleurs, le travail des trois formateurs entre eux pendant la semaine pour préparer les week-ends à venir, permet aussi de croiser les regards et de mieux percevoir les progrès ou les difficultés des uns et des autres.
S’agissant des activités proposées, le temps passé en petits groupes stables au début de chaque samedi après-midi à relire sous le regard de Dieu le mois écoulé depuis le week-end précédent, les ateliers d’étude et de partage de l’Écriture Sainte, les enseignements magistraux et les échanges qui les accompagnent apportent une ouverture de cœur et une nourriture qui renforcent la confiance en Dieu et l’intelligence de la foi. Les temps et les veillées de prière, l’eucharistie le dimanche après-midi, le sacrement de la réconciliation et la mise au contact de certaines grandes traditions spirituelles chrétiennes sont autant de moyens offerts aux participants qui enrichissent leur vision de l’Église et des résonances humaines produites par l’Esprit-Saint dans les cœurs.
À quoi il faut ajouter que les nombreux intervenants extérieurs sollicités pour apporter un enseignement ou un témoignage ou une animation particulière contribuent par leur personne même et par leur engagement à faire prendre conscience du dynamisme du diocèse. L’expérience humaine et spirituelle est encore intensément vécue pendant les deux week-ends « hors les murs » que sont, au début du parcours, le week-end « itinérant » à la suite du Christ sur les chemins de campagne et de randonnée dans le centre ou le nord du département, et le week-end de mission – plus tard dans l’année – qui se déroule dans une paroisse en participant à ses projets d’évangélisation, et en passant la nuit chez les paroissiens.
Ces deux temps forts du parcours s’ajoutent aux autres week-ends qui sont déjà par eux-mêmes l’occasion de nombreux déplacements intérieurs. Dans tous les cas, l’expérience d’Église en ressort plus profonde et plus belle. Et c’est régulièrement le premier élément qui est mis en avant lors du bilan global, à la fin du parcours.
Contribuant sans doute de manière essentielle à ce beau résultat qui reste malgré tout chaque année une surprise par sa diversité, il faut mentionner le trésor d’initiatives et d’imagination dont dispose le service diocésain de formation (devenu « service évangélisation ») pour stimuler aussi bien les démarches individuelles que les animations de groupe. La formation pastorale - en particulier des adultes - requiert une culture et un doigté qui ne s’inventent pas, et qui sont un héritage transmis et enrichi peu à peu au fil des années grâce aux évolutions de la vie du diocèse. La formation pastorale revêt ainsi une dimension intégrale qui emmène toute la personne dans tout son groupe là où la programmation par les formateurs prévoit de les emmener, mais aussi, et surtout, là où l’Esprit-Saint les conduit, à côté ou au-delà de ce qui était prévu. L’intérêt suscité par le thème de chaque week-end est tout à fait imprévisible, mais il est remis d’avance à ce que l’Esprit-Saint en fera.
Une chose est certaine : le poids humain des vies qui se laissent modeler en confiance par le parcours proposé a besoin de trouver son bien autant dans la rencontre écoutante et chaleureuse avec d’autres croyants d’âges et de conditions très différents que dans la nourriture intellectuelle de la foi et l’élévation spirituelle qu’elle procure. Le partage de l’esprit est fait d’une convivialité humaine et d’une intelligence réflexive qui n’ont pas a priori les mêmes centres de gravité, mais qu’une formation pastorale au plein sens du terme se doit de conjuguer dans la durée ainsi que dans la diversité sociale de ses participants.
L’A. a voulu placer l’expérience qu’elle nous livre sous le signe de la lumière et de la joie. Il ne s’agit pas d’une lumière écrasante comme celle qui a renversé saint Paul sur le chemin de Damas. Et toute la manière d’annoncer l’Évangile s’en ressent. Il s’agit – d’après le titre même de l’ouvrage - d’une étincelle qui, par nature, est petite, mais qui porte en elle un feu qui la dépasse infiniment. Ce feu brillant est communicatif, et il pousse à la rencontre et au partage car il est le feu de l’Esprit-Saint qui est rencontre et partage éternel du Père et du Fils au sein de la Trinité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que, pour l’A., le Dieu trinitaire n’est pas une idée abstraite et spéculative, mais bien plutôt une présence réelle et concrète qui soutient toute la vie chrétienne.

Un intérieur ouvrant

On l’aura compris, ce livre s’adresse en première instance à des baptisés désireux de vivre leur baptême, en prenant davantage conscience de sa profondeur spirituelle et humaine, et du large horizon auquel il ouvre et appelle. C’est une autre manière de parler du disciple devenant davantage missionnaire et, ce faisant, davantage disciple. En somme, tout chrétien qui veut annoncer l’Évangile est invité à redécouvrir son baptême. Et il aimera et dira ce qu’il y découvre « d’étincelle de l’amour de Dieu » (pp.10.14).
Cette aventure – car c’en est une – commence à l’intérieur de la communauté d’église, et c’est là que se fait l’apprentissage de la mission, dans ce lieu confiné du cénacle. L’ouvrage adressé aux « amis missionnaires », aux « bien-aimés de Jésus », à « nos cœurs baptisés », ne transpire pas seulement la vertu reconstituante d’une retraite de ressourcement. Il traduit une mise au travail pour se former pendant un an et se laisser transformer sur une longue durée par l’enrichissement humain que le parcours peut permettre, dès lors que l’investissement consenti en confiance devient une véritable ouverture du fond de l’être à la grâce de l’Esprit de Dieu, au-delà d’une confirmation des convictions bien établies ou d’un confort affectif au sein d’un groupe d’amis.
Du reste, ces convictions peuvent être assez vite ébranlées, comme dans toute formation qui révèle les a priori avec lesquels on vit. Et les amitiés fraternelles qui se créent ne font pas oublier les soucis qu’il faut porter tous les jours. La petite communauté annuelle des Disciples-Missionnaires n’est pas un lieu fermé comme une parenthèse ou un refuge coupé du flot des aléas quotidiens. Pendant toute la durée du parcours, et au-delà pour ceux qui restent en relation, elle est une invitation à la rencontre du monde et au dialogue évangélisateur, non seulement parce que les intervenants extérieurs viennent du diocèse ou même de la société civile, mais aussi parce que la foi en Dieu partagée ouvertement et sans crainte à l’intérieur du groupe est perçue à nouveaux frais comme un potentiel de lien social et fraternel trop souvent enfoui chez les pratiquants eux-mêmes, et susceptible de s’étendre à des croyants d’autres confessions ou à des chercheurs de sens.
L’occasion est ainsi donnée de se rappeler que le baptême chrétien, le baptême dans le Christ, est une plongée dans le Christ, c’est-à-dire une plongée dans l’humanité qui se relève en permanence dans la volonté de vivre parce qu’elle apprend en permanence à recevoir et à forger son éternité dès la vie de ce monde, à travers son amour et ses joies, ses souffrances et ses morts. L’A. parlerait ici d’étincelles divines dans notre existence ici-bas. Il y a là tout un travail d’application et de lâcher prise, de consolidation chrétienne et d’ouverture qui s’appuie directement sur la communauté de baptême et d’Esprit vécue dans une intensité nouvelle entre des personnes qui ne sont pas choisies.

Aimer l’Église

L’A. cite volontiers le pape François, avec ou sans référence explicite, dans son exhortation « La Joie de l’Évangile » ou dans ses discours publics. Le pape Benoît XVI est également cité pour rappeler son vœu « que chacun éprouve la joie d’être chrétien »1. Mais au-delà des papes, y compris Pie XI, l’A. s’appuie sur une présence vivante de la tradition de l’Église à travers de nombreux saints et saintes (François-Xavier, François Régis Clet, Catherine de Sienne, Vincent de Paul etc.) avec lesquels elle entretient une belle proximité. Ces frères et sœurs, pères et mères spirituels, difractent l’amour vital du cœur du Christ abondamment évoqué, sans oublier bien entendu, la présence marquée de la Vierge Marie.
Cela étant, tous ces ressorts d’enseignement magistériel, de prières, de sacrements et de témoignages offerts par la vie catholique ne dispensent manifestement pas de se former encore à l’annonce de l’Évangile. On perçoit, en outre, sous la plume de l’A. une attention voire un attachement au service des plus pauvres qui n’a rien de conventionnel, et qui fait sentir combien la liberté grandit au contact de ceux dont l’existence, par la force des choses, reste centrée sur l’essentiel. A ce levier central de l’Église vivante, il faudrait encore ajouter chez l’A. une imprégnation de l’Écriture sainte qui est très fréquemment invoquée dans les différentes situations de vie et d’évangélisation.
Tous ces multiples présupposés montrent qu’on peut ne pas arriver les mains vides au début d’une formation qui revisite les fondements de la foi chrétienne, et qui prépare à en témoigner autour de soi selon les circonstances. Ils montrent aussi comment une vraie culture chrétienne peut contribuer à l’élan missionnaire, et faire étinceler la vie de l’Église qui est toujours ancienne et toujours nouvelle. Au bout du compte, et - faut-il l’avouer - de manière imprévue, le parcours proposé conduit à aimer l’Église parce qu’il fait faire une expérience d’Église fraternelle et forte, en faisant s’épanouir au fil des mois une communion de prière, de vie, d’étude et d’apprentissage concret de la « conversation » évangélisatrice2.
Une autre leçon, elle aussi insoupçonnée, a été comme imposée par l’actualité au moment où les scandales de pédophilie et d’abus de pouvoir pouvaient en dissuader plus d’un de fréquenter l’Église : la proximité des prêtres et des laïcs, hommes et femmes de tous âges, tant au cours des week-ends eux-mêmes que pendant les semaines de travail en équipe de formateurs, est un puissant antidote à toute forme de cléricalisme, aussi bien clérical que laïc. Où l’on vérifie la conviction du décret de Vatican II sur l’activité missionnaire : « L’Église n’est pas fondée vraiment, elle ne vit pas pleinement, elle n’est pas le signe parfait du Christ parmi les hommes si un laïcat authentique n’existe pas et ne travaille pas avec la hiérarchie »3.
Dans le même élan, semble-t-il, cette proximité respectueuse des prêtres et des laïcs vécue dans la diversité sociale d’un groupe diocésain porte en elle un remède au prosélytisme, si l’on entend par prosélytisme une entreprise de persuasion visant à faire entrer les personnes rencontrées dans une pratique formelle peu soucieuse de leur libre adhésion.

La force d’être doux

A cet égard, l’A. est limpide sur la conduite à tenir dans le dialogue avec nos contemporains quand il est question de Dieu et du témoignage de foi. Il ne s’agit pas d’adopter un esprit de conquête, mais d’entrer dans un échange d’amitié où l’on dépose une semence que Dieu fera grandir (cf. p.31).
Le leitmotiv est celui de l’écoute et de l’empathie (cf. p.32), du respect de la liberté de l’autre sans chercher à lui imposer notre religion (cf. p.34), en étant nous-mêmes libres parce que décentrés de nous-mêmes. En se plaçant sous le patronage de Thérèse de l’Enfant-Jésus, l’A. nous livre sa prière au Christ qui est l’acteur premier de la mission envers nos frères en humanité : « lorsque tu le souhaiteras, attise la flamme vive et débordante de Ton amour inconditionnel, afin de les attirer à Ton cœur si doux et miséricordieux » (p.60). Cette force d’être doux n’est pas la vertu indolore d’une vie tranquille à l’abri des meurtrissures. Un moine otage de Daech en témoigne en se rappelant les paroles que sa mère attribuait à Bernadette Soubirous : « mon rôle n’est pas de lui faire croire ce que je dis, mais de lui dire ce en quoi je crois. La suite appartient à Dieu »4. On ne peut pas être plus éloigné de l’image que le XIXe siècle a laissé encore aujourd’hui du missionnaire prosélyte caricaturé en conquérant victorieux. La modalité de l’évangélisation est bien davantage devenue celle d’un dialogue ou d’un témoignage qui se font comme par habitude au gré des événements, l’objectif du parcours de formation étant de développer chez les Disciples-Missionnaires les moyens de répondre à tout instant aux sollicitations de l’Esprit lorsque les circonstances invitent à « rendre compte de l’espérance qui est en nous, avec douceur et respect » (1P 3,15-16).

Un tissage de thèmes

Pour finir, les thèmes retenus pour les dix week-ends du parcours proposé tissent ensemble l’essentiel de la vie chrétienne dans son dynamisme évangélisateur que l’A. expose à sa façon et en toute transparence. A travers ces thèmes il ne s’agit pas d’enfermer la vie baptismale dans des formules plus ou moins bien frappées qui seraient des recettes, mais de s’appuyer sur des jalons certainement perfectibles qui orientent le travail et la réflexion en dessinant d’un mois sur l’autre une certaine cohérence. Si l’on met de côté les deux weeks-ends « hors les murs », c’est-à-dire les deux week-ends organisés en dehors du centre spirituel habituel, et qui par principe sont mobiles dans le calendrier du parcours à cause de leur logistique (le week-end itinérant « A la suite du Christ », au début du parcours, et le week-end missionnaire « Ensemble en sortie », dans la deuxième partie du parcours), les trois premiers week-ends ont pour thèmes « Devenir missionnaires au souffle de l’Esprit », « Porteurs de la Bonne Nouvelle du salut », et « Aller à la rencontre (Dieu a tant aimé le monde) ». Les trois week-ends suivants ont pour thèmes « Se nourrir de la prière et des sacrements », « Croire en qui ? en quoi ? », et « Témoigner, des paroles et des actes ».
La première triade est portée par un mouvement qui fait sortir du cénacle sous l’impulsion de l’Esprit pour dire le salut en Jésus « Seigneur et Christ » (Ac 2,36) dans la rencontre avec le monde que Dieu aime tant. Ce mouvement est comme repris et approfondi dans la deuxième triade où l’on retourne en quelque sorte au cénacle pour la prière et la vie sacramentelle, afin de mieux revisiter les fondements de la foi chrétienne, et mieux mesurer l’ordre et la complémentarité des paroles et des actes qui font la richesse du témoignage évangélique au milieu du monde.
Les deux derniers week-ends ont pour thème « L’Église comme fraternité missionnaire », et « Au service du Royaume ». Ils proposent une vision renouvelée de la vie ecclésiale et de l’œuvre de Dieu dans le monde. Par la même, ils apportent un débouché en forme de cadre et de perspective à la progression des six premiers week-ends qui pointent vers le témoignage en paroles et en actes. La mise en valeur de ce sixième thème est un résultat empirique issu de la conduite du parcours pendant plusieurs années. Cette mise en valeur suppose tous les autres thèmes et leurs apports aussi bien spirituels que théologiques. Somme toute, cette mise en valeur donne à comprendre que « être chrétiens » ou « être disciples-missionnaires » est, en réalité, un « art de vivre, en paroles et en actes ».

Être chrétien, un art de vivre

Nos actes ou nos gestes concrets accomplis dans l’amour de Dieu portent un surplus qui dépasse les paroles que nous pouvons y joindre. Ils donnent à notre entourage un témoignage non verbal qui est susceptible de toucher les cœurs et les esprits au-delà de ce que nous en disons. Et nous pourrions bien souvent laisser nos actes parler à notre place, en nous persuadant qu’ainsi nous sommes témoins du Christ, en l’étant « concrètement ».
Pourtant, l’Évangile que tout baptisé a pour mission d’annoncer commence par la parole des anges au matin de Pâques, dans un tombeau où la mort et son œuvre ont entièrement disparu. La forme la plus initiale du salut est une parole de résurrection, parole qui se répand comme une annonce, un kérygme, dans la bouche des saintes femmes, des apôtres et des disciples. Cette parole dit que la vie éternelle a surgi dans notre monde, et que Jésus nous y conduit si nous le suivons. Mais cette parole des anges, puis des femmes, puis des hommes est tout entière inspirée par l’Esprit-Saint qui est l’amour du Père et du Fils, la « charité répandue dans nos cœurs » (Rm 5,5) et, en même temps, l’agent ou l’acteur de la résurrection (Rm 8,10) et de toute incarnation de Dieu dans nos réalités humaines les plus concrètes.
Si le surplus de nos actes accomplis dans l’amour de Dieu est indéniablement la trace de l’Esprit-Saint dans nos vies, notre mission de baptisés est donc de comprendre que ce surplus annonce l’Évangile au souffle du même Esprit à partir du moment où il suscite, en nous ou autour de nous, la parole de résurrection qui dit la victoire de Dieu sur les puissances de mort et l’horizon éternel du devenir humain. C’est à cette condition que nos actes concrets vécus dans la foi, l’espérance et la charité porteront le fruit que l’Esprit-Saint attendra d’eux par notre parole ou par celle des autres. Le concile ne semble pas dire autre chose quand il précise que cet apostolat « ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie ; le véritable apôtre cherche les occasions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants pour les aider à cheminer vers la foi, soit aux fidèles pour les instruire, les fortifier, les inciter à une vie plus fervente, ‘car la charité du Christ nous presse’ (2 Co 5, 14).
C’est dans les cœurs de tous que doivent résonner ces paroles de l’Apôtre : ‘Malheur à moi si je n’évangélise pas’ (1 Co 9, 16) »5. L’ouvrage de Marie Moreau, par sa publication même, nous donne un exemple de cette évangélisation. Libre à chacune et chacun d’entre nous de produire, en fraternité missionnaire, sa propre forme de vie chrétienne qui soit une étincelle de la joie de Dieu.

P. Patrick Faure,
Recteur de la cathédrale Notre-Dame de Grenoble
du diocèse de Grenoble-Vienne,
formateur au service « Évangélisation »,
et membre de l’équipe d’animation
du Centre Théologique de Meylan

19 avril 2020, dimanche de la Miséricorde

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