Comprendre l’Ascension ici et maintenant

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Homélie prononcée le 26 mai 2022

Frères et Sœurs,

l’évangile que nous venons d’entendre nous raconte que 40 jours après Pâques le Christ ressuscité monte au ciel, et que ses apôtres ne le verront plus. Cette ascension a lieu pour que nous comprenions que les relations vont changer entre Jésus et les siens qui l’ont connu sur terre, c’est-à-dire là où nous sommes nous aussi. Et ce qu’il nous faut comprendre, c’est que lorsque le Christ s’élève, il ne part pas dans une autre planète ou dans une autre galaxie. Lorsqu’il monte au ciel, il ne va pas ailleurs, dans un autre espace-temps, ou dans un autre univers qui serait celui de Dieu. Non.

Lorsque le Christ sort de ce monde et le quitte en montant au ciel, nous devons comprendre que ce dont il sort c’est de notre monde caduc, temporel, mortel, sujet à la dégradation, à l’usure, à la mort, parce que lui, le Christ ressuscité, il est, en personne, la vie éternelle. C’est ce qu’il dit à Marthe, la sœur de Lazare : « Je suis la Résurrection et la vie ». Jésus ne monte pas au ciel pour nous quitter ou pour aller ailleurs que là où nous sommes. Il ne monte pas au ciel pour nous abandonner, pour nous laisser l’Esprit-Saint comme un palliatif ou un ersatz. Non.

Il monte au ciel pour nous faire comprendre qu’il est lui-même le ciel sur la terre, le ciel qui ne nous quitte pas puisqu’il nous dit, dans saint Matthieu : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Autrement dit, Frères et Sœurs, le Christ Jésus qui est présent dans tous les tabernacles de toutes les églises du monde, c’est le Christ ressuscité monté au ciel à l’Ascension. Il est ici, le ciel, sur terre, au milieu de nous. Et nous le recevons dans nos mains ou sur nos lèvres lorsque nous communions.

Et cette présence réelle, céleste et universelle du Christ, elle nous entraîne et elle nous élève. Elle nous emporte au ciel, c’est-à-dire non pas ailleurs que dans notre monde mais dans la transformation profonde de notre monde, dans la transformation spirituelle de tout notre être, dans notre élévation, dans notre ascension.

Car – vous l’avez compris - le ciel, ce n’est pas la stratosphère. Le ciel, c’est la transformation, la transfiguration de toute chose par l’amour de Dieu. C’est pour cela que l’Ascension de Jésus est la cause d’une grande joie, car au lieu qu’il se sépare de nous, comme s’il partait loin de nous, en réalité il monte, oui. Mais il monte en intensité de présence auprès de nous, et il nous fait monter nous-mêmes avec lui en intensité de présence auprès de Dieu, et les uns auprès des autres et auprès de notre monde. Le voilà, le sens de l’Ascension qu’il nous faut comprendre.

Et cela est infiniment heureux. D’où la joie des apôtres, nous a dit saint Luc. Et cette joie nous dit que nous ne sommes pas faits pour la terre mais pour le ciel, c’est-à-dire que nous ne sommes pas faits pour la terre telle que nous la voyons aujourd’hui dans ce qu’elle a de blessé, de douloureux et de passager, qui va vers sa destruction et vers son extinction. Mais nous sommes faits pour la terre transfigurée par la gloire de Dieu.

Nous sommes faits pour une terre sur laquelle le ciel est descendu pour la prendre avec lui et la faire grandir et monter, dans la puissance de l’Esprit, vers l’amour infini.
C’est pour cela que l’Ascension du Christ est déjà notre Ascension, et cause d’une très grande joie. Demandons la grâce d’avoir le cœur et le regard assez purs pour voir cela, pour voir que le Christ ressuscité monté au ciel est ici parmi nous, dans les sacrements de l’Église, dans la vie fraternelle, dans la charité, dans tous les lieux du monde où l’Esprit de Dieu transforme le cœur de l’homme pour libérer le monde de l’emprise du mal. Il est présent partout, et il se donne au monde pour que le monde s’élève par lui, avec lui et en lui dans l’amour de Dieu : « je veux que là où je suis, vous soyez vous aussi avec moi », dit Jésus dans saint Jean.

Cela ne veut pas dire que nous allons un jour, par un moyen de transport inconnu, nous déplacer dans l’univers pour aller vers un ailleurs. Cela veut dire que dans le Christ nous allons nous élever, en nous transformant dans notre esprit, en nous renouvelant dans notre cœur et dans nos relations humaines, les uns avec les autres et aussi avec notre planète et notre monde autour de nous. C’est cela notre foi qui est la foi catholique de l’Église.

Alors, bien entendu, le monde qui veut se suffire à lui-même, et qui se coupe de Dieu dans ce qu’on appelle le péché, ce monde qui veut s’accomplir par ses seules forces et par sa seule puissance considère que notre foi est inacceptable et inadmissible, ou même irritante.

Et, de fait, cette élévation que le Christ nous permet de vivre dans l’Esprit, conteste frontalement le matérialisme transhumaniste qui prétend fabriquer une humanité immortelle à grand renfort de manipulations biologiques et technologiques. Au nom de la Résurrection et de l’Ascension du Christ, au nom de ce qui est déjà notre Résurrection et notre Ascension par l’élévation que donne l’Esprit-Saint, nous pouvons et nous devons contester cette manipulation de l’humanité qui entend produire une immortalité au rabais. Car ce n’est pas avec cette alchimie que nous grandirons dans la civilisation de l’amour et dans la transfiguration de la matière par la puissance de l’Esprit, de l’Esprit-Saint de Dieu.

Aujourd’hui notre monde manifeste ses faiblesses alors qu’il se croit tout puissant. Mais même s’il continue à se laisser dominer par l’appétit de conquêtes et de guerres, comme on le voit en Ukraine, même s’il va vers sa perte et vers sa fin, le Christ ressuscité monté au ciel est présent en lui comme le germe de la Résurrection. Il est présent dans nos cœurs comme le germe de notre éternité. Ce Christ ressuscité ancré au cœur de notre monde le plus caduc et le plus fragile, il est le début de notre propre transformation et de la transformation du monde. C’est cela qui commence à l’Ascension.

Lorsque les anges disent aux apôtres au début des Actes « il viendra dans la gloire comme il est parti », c’est-à-dire en s’élevant vers le ciel, cela veut dire que le Christ ressuscité, déjà universellement présent dans le monde, se manifestera un jour de manière plus puissante et plus visible pour finir d’élever le monde vers Dieu, comme lui-même déjà s’est élevé sous les yeux des apôtres dans le ciel de Jérusalem.

Alors, Frères et Sœurs, rendons grâce à Dieu pour cette immense espérance qu’il nous donne en son Fils. Et, avec ce Fils, laissons-nous élever jusqu’à notre Père pour que nous contribuions à l’élévation spirituelle de notre monde, et à la joie de grandir dans l’amour de Dieu et dans l’amour fraternel des uns envers les autres. Amen.

Père Patrick Faure

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