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Homélie prononcée le 1er mars 2026
Le titre de ce deuxième Dimanche du carême pourrait être « Dimanche d’Abraham et de la Transfiguration ». Apparemment, le récit de la vocation d’Abraham dans la première lecture et de celui de la Transfiguration du Seigneur dans l’Évangile ne semblent pas avoir de lien apparent.
Mais l’épître de Saint Paul va nous permettre de rattacher ces deux textes l’un à l’autre. La première lecture tirée du Livre de la Genèse va nous faire assister aujourd’hui au développement du plan de salut de Dieu. Pour commencer, Dieu va devoir créer dans l’humanité et de toutes pièces un peuple à part.
Il l’élèvera d’abord, bien séparé des païens, jusqu’au jour où il pourra venir en personne pour sauver toute l’humanité. Aujourd’hui, la première lecture va nous faire assister au point de départ de ce peuple. Il sera d’abord un seul homme, Abraham, et c’est de lui que sortira le peuple d’Israël, le peuple du salut.
Dans le Livre de la Genèse, Dieu dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. » Tout commence par une parole et par un départ. Abram ne sait pas où il va. Il n’a ni carte, ni garantie humaine. Il part parce que Dieu l’a appelé. Sa sécurité ne repose plus sur une terre ou sur des biens, mais sur une promesse. Le texte souligne sobrement : « Abram partit, comme le Seigneur le lui avait dit. » Aucune protestation, aucun calcul. Il se met en route.
Le Carême est précisément ce temps du mot d’ordre « quitte ». Quitte tes habitudes, quitte tes sécurités illusoires, quitte ce qui t’enferme. Non pas pour perdre, mais pour recevoir. Dieu ne dit pas : « Quitte pour le vide. » Il dit : « Quitte pour la promesse. » Et cette promesse est immense : « Je ferai de toi une grande nation… En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Derrière Abram, c’est déjà le Christ qui se profile. La bénédiction promise à toutes les nations s’accomplira pleinement en Jésus.
Quelle foi ! Cet homme, nous l’appelons, chrétiens, juifs et musulmans, notre père Abraham. Dieu avait ajouté cette promesse « Ta descendance sera nombreuse comme les étoiles du ciel. » Et voilà que nous sommes actuellement plusieurs milliards d’hommes à nous réclamer d’Abraham comme notre père. C’est là un fait énorme, un fait historique, que tous peuvent constater. L’extraordinaire annonce s’est réalisée.
Cette confiance d’Abraham se prolonge par le Psaume 32 : « Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi. » Le psaume ne nie pas les épreuves. Il proclame que la fidélité de Dieu est plus solide que toutes les fragilités humaines, que tous les calculs humains. Le Carême est un temps d’espérance. Nous ne marchons pas vers la croix pour rester dans la mort. Nous marchons vers Pâques. La foi d’Abraham devient ainsi notre propre foi : faire confiance quand tout n’est pas clair, espérer quand rien n’est encore visible.
Dans la Deuxième épître à Timothée, Paul écrit depuis la prison. Il sait que sa vie est menacée. Et pourtant il affirme : « N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur… Avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile. » Voilà le réalisme chrétien : la foi n’est pas une échappatoire. Elle n’est pas une lumière artificielle pour oublier la nuit. Elle est la force intérieure qui permet de traverser la nuit. Paul rappelle que le salut ne vient pas de nos œuvres, mais de la grâce de Dieu « manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur le Christ Jésus ». Ce que les disciples vont contempler sur la montagne de la Transfiguration, c’est justement cette manifestation anticipée de la gloire du Christ.
Dimanche dernier, le 1er du carême, nous avons contemplé Jésus au désert où il avait été tenté. Il avait même été emmené sur une très haute montagne où le diable lui avait montré tous les royaumes du monde et leur gloire. C’était la montagne des tentations, et là le Christ nous était apparu surtout dans son aspect humain. Il avait faim, il était tenté, mais comme un vrai Dieu et un vrai homme, il a su résister et repousser Satan.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne. Non pour créer un cercle d’initiés, non pour révéler un secret ésotérique, mais pour élever leur regard. Ce trio sera également témoin de l’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers et de la résurrection de la fille de Jaïre.
La montagne, dans la Bible, est le lieu de la rencontre avec Dieu. Comme Abraham est parti vers une terre promise, les disciples montent vers un sommet. La foi est toujours une ascension. Et là, « il fut transfiguré devant eux : son visage devint brillant comme le soleil ». Un instant, le voile est levé. Les disciples voient ce que Jésus est en profondeur : le Fils bien-aimé du Père. Moïse et Élie apparaissent : la Loi et les Prophètes rendent témoignage au Christ. Toute l’histoire biblique converge vers lui. Pierre veut s’installer : « Faisons trois tentes. » C’est la tentation de fixer l’expérience spirituelle, de rester dans la consolation. Mais une nuée lumineuse les couvre, et la voix du Père retentit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… Écoutez-le. »
Voilà le centre du message : Écoutez-le.
Après la vision, Jésus touche les disciples : « Relevez-vous et soyez sans crainte. » Puis ils redescendent de la montagne. La Transfiguration n’est pas une fuite hors du monde. Elle prépare à la descente vers Jérusalem, vers la Passion. Le Carême n’est pas un temps de spiritualité éthérée. C’est un temps où Dieu nous donne assez de lumière pour affronter la réalité. Comme Abraham, nous partons sans tout comprendre. Comme Paul, nous acceptons de porter notre part d’épreuve. Comme les disciples, nous recevons des instants de lumière pour tenir dans la nuit.
Frères et sœurs, La Transfiguration n’est pas seulement un événement du passé. Elle annonce ce que nous sommes appelés à devenir. Saint Paul le dit ailleurs : nous sommes appelés à être transformés à l’image du Christ. Le Carême est un chemin de transfiguration progressive : Quand nous pardonnons, notre cœur devient plus lumineux. Quand nous partageons, notre vie reflète quelque chose de Dieu. Quand nous prions, notre regard change. La gloire de Dieu ne détruit pas l’homme : elle l’accomplit. Saint Irénée dira : la gloire de Dieu est l’homme debout
Aujourd’hui, la liturgie nous place entre deux montagnes : celle d’Abraham qui part vers l’inconnu, celle de la Transfiguration où le Christ révèle sa gloire. Entre les deux, il y a la marche. Le Carême est cette marche. Dieu nous appelle à sortir de nos enfermements. Il nous promet une bénédiction. Il nous montre la lumière du Christ. Et il nous dit : « Écoutez-le. » Alors, frères et sœurs, n’ayons pas peur de quitter ce qui doit être quitté. Ne craignons pas la montée parfois exigeante. N’ayons pas peur non plus de la descente vers nos responsabilités quotidiennes. Car la voix du Père continue de retentir dans l’Église et dans nos cœurs :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé… Écoutez-le. »
Et si nous l’écoutons vraiment, un jour, nous partagerons pleinement sa lumière.
Amen.
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