Jésus, cet inconnu

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Homélie prononcée le 13 décembre 2020

Frères et Sœurs,

Nous venons de l’entendre dans cet évangile, et il faudrait que cela reste gravé pour toujours dans nos mémoires et dans nos cœurs, dans nos esprits et nos pensées : « il y a parmi vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». C’est Jean-Baptiste qui parle ainsi de Jésus, et qui nous dit : « parmi vous, au milieu de vous, Jésus est là, et vous ne le connaissez pas ». Le prophète Jean-Baptiste nous dit cela, lui la voix de Dieu qui crie dans le désert. Et il nous le dit aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde, après 2000 ans de christianisme, de prière et de théologie, de mystique et de martyre : « il y a parmi vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ».

Oh, oui, bien sûr, ce quelqu’un nous l’appelons Jésus, parce que c’est son nom donné par l’ange de Dieu à Joseph et à Marie. Oh, bien entendu, nous avons l’évangile qui nous raconte ses origines, sa vie, son ministère, sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension. Et nous avons toute la doctrine chrétienne sur lui, sur l’Esprit-Saint, sur la Trinité, sur l’Église et le mystère de la grâce, avec les sacrements, la vie dans le monde et la conversion permanente. Et nous avons tout pour penser que nous avons fait le tour.

Et si nous ne le pensons pas, nos contemporains le pensent qui s’imaginent, paresseusement et confortablement, que Jésus est à regarder à côté des grands fondateurs comme Moïse, Mahomet, Bouddha, Confucius ou même Gandhi et d’autres, parce que lui, Jésus, comme les autres, il est à l’origine de grands mouvements humains qui ont, ou qui ont eu, leur utilité pour émanciper l’humanité, mais grands mouvements humains dont il convient de ne retenir que les valeurs communes de sagesse et de spiritualité, pour les purger de leurs éventuels extrémismes, et s’assurer ainsi de la tranquillité publique. Oh oui, cela nous le savons.

Mais, par le prophète Jean-Baptiste, la voix de Dieu nous redit ce matin : « il y a parmi vous celui que vous ne connaissez pas ». Saint Augustin le dit à sa manière : « nous sommes unis à quelqu’un que nous ne connaissons pas ». Et saint Paul, avant lui, l’avait déjà senti : « le Christ au milieu de vous, l’espérance de la gloire, voilà le grand mystère » (cf. Col 1,27).

Frères et Sœurs, notre avenir inimaginable est au milieu de nous, déjà là, présence réelle et invisible du Christ ressuscité qui nous attire vers lui, au-delà de tout ce que nous pouvons penser, calculer, manipuler, pauvres pécheurs que nous sommes. Notre éternité indescriptible pour laquelle nous sommes faits demeure au milieu de nous et nous appelle à grandir dans l’amour pour nous préparer à la recevoir. La transfiguration future de nos pauvres corps de misère en corps glorieux par la puissance du Christ (Ph 3,21) est ici, dans nos tabernacles et dans nos mains, dans nos écritures et nos célébrations, dans nos souffrances et notre charité. Il est au milieu de nous, et nous ne le connaissons pas.

Et il nous faut parfois de grandes catastrophes ou de grands événements pour nous ouvrir un peu les yeux, et pour nous faire comprendre que nos idées sur lui sont, si souvent, si loin de lui.

Un jour notre terre finira, car elle n’est pas éternelle. C’est le Christ ressuscité vainqueur de la mort qui demeure pour l’éternité, lui qui nous a promis de revenir nous prendre auprès de lui, pour que là où il est, nous soyons avec lui, nous dit saint Jean (Jn 14,3).

Et si, au-delà des pandémies et des guerres que ces pandémies n’arrêtent pas, les effondrements écologiques, économiques et politiques annoncés nous ouvrent un peu les yeux sur notre finitude et nos précarités, souhaitons qu’alors nous comprenions un peu plus que notre bonheur sur la terre, c’est, avant tout et par-dessus de tout, de « marcher humblement avec notre Dieu », comme le dit le prophète Michée (Mi 6,8), en nous aimant les uns les autres, dans la richesse et dans la pauvreté, dans la maladie et dans la bonne santé, dans les drames et dans la félicité. A ce prix-là peut-être, un peu, nous aurons soulevé un coin du voile, et nous saisirons que nous n’avions pas compris l’incarnation, tant que, de Noël en Noël, nous fêtions les valeurs familiales en ne pensant qu’à la terre, et en oubliant le ciel.

Si aujourd’hui, Frères et Sœurs, des êtres venus d’autres mondes ou d’autres civilisations se présentaient devant nous, supérieurs à nous en tout point, et nous donnant à penser qu’en réalité notre foi aurait été produite par eux pour nous spiritualiser vers des niveaux de conscience plus élevés qui nous transforment et qui nous pérennisent, pour beaucoup d’entre nous ce serait peut-être la panique, et nous croirions à l’effondrement de notre christianisme, parce que nous n’aurions pas compris l’incarnation, pas su, pas vu que Jésus de Nazareth, notre Roi et notre Dieu, est le créateur de tous les mondes, que par lui tout existe (Jn 1,3) et qu’en lui tout subsiste (Col 1,17), où que l’on soit dans l’univers. Car l’univers lui non plus n’est pas éternel, et ses habitants seront jugés sur l’amour. Eux aussi. Tous.

La voilà, Frères et Sœurs, la cause de notre joie, en ce troisième dimanche de l’Avent, traditionnellement appelé en latin « gaudete », c’est-à-dire « réjouissez-vous », comme nous l’a dit la deuxième lecture. Si notre foi et notre joie ne sont pas conscientes que le Christ ressuscité auquel elles nous attachent est bien au-delà des nouveautés que l’avenir nous réserve et qui pourraient nous faire trembler, alors elles ne tiendront pas. C’est la splendeur de la vérité qui est en cause. Et cette vérité, c’est que le Christ ressuscité, commencement et fin de toute chose, Alpha et Omega du monde et de tous les mondes, ce Christ ressuscité, il est l’amour infini, né sur la terre dans la nuit de Noël.

Il nous aime. Et il nous sauve en se donnant à nous, pour que nous apprenions à aimer comme il aime, c’est-à-dire en nous décentrant de nous-mêmes, en pleurant avec ceux qui pleurent, en riant avec ceux qui rient, et, surtout, en priant avec ceux qui prient, nous relevant les manches pour assister, accompagner, soulager ceux qui nous entourent, là où nous le pouvons, pour qu’à la fin de toute chose nous grandissions dans l’amour et dans la communion.

Et c’est peut-être, d’ailleurs, pour cela que nous ne faisons pas assez l’effort de le connaître. Nous nous disons que Dieu nous aime, et que si notre vie est honnête, il nous bénira, et que tout ira bien. Nous estimons que si nous remettons les douleurs de nos vies dans les mains crucifiées du Christ, lui qui est l’Amour Miséricordieux il bénira, et, par son Esprit-Saint, avec le temps, il nous consolera. Et nous retrouverons nos perspectives de croissance, de bien-être et de prospérité. Au bout du compte, tout s’arrangera.

Mais, Frères et Sœurs, la joie de l’Esprit n’est pas la gaité tranquille de vies qui n’ont pas trop de problèmes. Elle est cette vibration de notre être profond, ce frémissement de notre cœur d’enfants de Dieu, tirés du néant par l’amour créateur (cf. Rm 4,17), et qui mesurent quelquefois, sous la pression des événements, qu’ils sont unis pour toujours à la gloire du Ressuscité qui nous fera goûter, jusque dans notre chair, combien le Seigneur est bon, et combien notre bonheur c’est l’amour que nous avons les uns pour les autres, à son image et à sa ressemblance.
La joie chrétienne perpétuelle et fondamentale n’a pas l’insolence de se croire à l’abri des horreurs et des difficultés du monde parce qu’elle est ancrée au ciel, dans la lumière de Dieu. Non. La joie chrétienne, la joie messianique, c’est la joie d’appartenir, au-delà des affections légitimes, au triomphe de l’amour sur toutes les formes de mort. C’est la joie de garder la ferme espérance qu’un jour avec tous ceux que nous aurons aimés, nous serons comblés de gloire, tous ensemble et pour l’éternité, à cause de quoi, dès maintenant nous savons un peu mieux où nous allons, et à cause de quoi nous menons, autant que nous le pouvons, le dur et beau combat de la dignité humaine et du soin de la terre.

Frères et Sœurs, quel que soit notre état intérieur à quelques semaines de Noël, en cette année bien particulière, et à certains égards éprouvante, demandons à Dieu la force de l’espérance, l’amour de la vie quoi qu’il arrive, et la foi en sa toute-puissance de salut. Et par les mains de la Vierge Marie et de saint Joseph, il nous répondra, et, dans le secret de nos nuits et de nos cœurs, il nous donnera sa joie, et nous guidera vers lui par les étoiles et par les étincelles de sa tendresse. Amen.

Père Patrick Faure

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