L’Épiphanie

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Homélie prononcée le 4 janvier 2026

Nous fêtons l’Épiphanie. Quelques mots pourraient, me semble-t-il, caractériser cette solennité : Étoile, Adoration, Offrande, Mise en marche, Joie.
Etoile : Des gens savants, pas des rois, des mages comme les caractérisent l’évangile, subjugués par un astre brillant, se mettent en marche. Depuis la nuit des temps, les étoiles ont fasciné le regard et le cœur des humains. Depuis toujours, le ciel brillant d’étoiles semble veiller sur nous chaque nuit. Très tôt, certaines étoiles ont servi de point de repère pour les mouvements des peuples nomades, puis pour les navigateurs qui s’avançaient à l’aventure sur la mer. Plus proches de nous, les pionniers de l’aviation nous ont livré leurs méditations au cours des vols de nuit, quand ils se retrouvaient tout seuls, coupés de tout, au-dessus des Océans, comme s’il ne leur restait plus rien que la protection familière et presque maternelle des étoiles. Les étoiles ont également acquis très tôt une place privilégiée dans l’imaginaire religieux des hommes : beaucoup de temples païens ont voulu symboliser dans leur architecture la voûte étoilée et nos églises d’Occident avec leur clefs de voûtes qui ressemblent à des étoiles ou les églises d’Orient avec leurs coupoles constellées d’éclats dorés, sont autant d’indices montrant comment l’étoile joue un rôle de repère et d’ancrage pour l’enracinement de l’homme dans le cosmos.
Les mages se mettent en marche en se repérant sur cet astre brillant « à son lever » ou « à l’orient » (c’est le même mot en grec). Elle les précède comme Jésus ressuscité précédera ses disciples en Galilée… et ils découvrent un nouveau-né dans les bras de sa mère. Entre une étoile et un nouveau-né : quelle distance !
Adoration : Lorsque les Mages arrivent à Bethléem, ils ne se laissent pas décourager par ce qu’ils voient : un enfant sur la paille. Ce n’est probablement pas l’image qu’ils se faisaient de celui qu’ils allaient rencontrer. Mais ils se mettent à genoux et ils reconnaissent en lui Celui que le monde attendait. Ils l’adorent puisqu’en lui ils découvrent la manifestation de Dieu au monde non seulement pour le peuple d’Israël, mais pour tous les peuples comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : "les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile." (Éphésiens 3, 6)
Le mot ÉPIPHANIE qui vient du grec, comme vous le savez, peut se traduire par "manifestation", "rendre visible", "être évident". En Jésus, Dieu s’est rendu visible, s’est manifesté dans la chair, est devenu l’un de nous, pleinement homme. L’amour de Dieu est apparu dans le monde. (C’est ce que nous disait la lettre à Tite la nuit de Noël). Cet amour de Dieu s’est manifesté sous les traits d’un enfant qui va devenir le Sauveur de l’humanité en allant jusqu’au bout par le don de sa vie pour ses frères et sœurs en humanité, donc pour nous, et sa résurrection nous ouvre un chemin de vie, un chemin vers Dieu pour partager sa vie, la vie éternelle. Comme les mages, comment ne pas se prosterner devant lui ? Lorsque nous faisons ce geste d’adoration nous reconnaissons la grandeur de l’amour de Dieu créateur et nous en rendons grâce, mais aussi nous accueillons sa volonté de salut qui rejoint tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Un salut qui est un don gratuit de sa part.
Offrande : L’adoration se prolonge naturellement par un mouvement d’offrande. C’est ce qui est symbolisé par les offrandes des Mages : l’or, l’encens et la myrrhe. Les Mages ont offert leurs trésors à Jésus et nous, n’avons-nous pas quelque chose à offrir nous aussi ? Bien sûr, nous n’avons pas les mêmes offrandes. Avec nos misères, nos biens et nos talents, quelles offrandes pouvons-nous faire ? C’est l’encens de notre petitesse et de nos misères qui plaît à Dieu, l’or de nos biens et richesses matérielles et spirituelles que nous lui cédons et la myrrhe de nos talents et qualités reçus du créateur que nous offrons pour sa gloire. Nos misères reconnues et assumées dans la foi pourront être un beau cadeau fait à l’Enfant Jésus. Nos biens et nos talents déposés à la crèche manifesteront notre volonté de nous désapproprier de nous-mêmes et de nous ouvrir à l’action de Dieu. « Avant d’adorer cet enfant, décharge-toi de tout ce qui t’encombre" dit saint Jean Chrysostome dans une homélie de l’Épiphanie au IVe siècle.
Mise en marche : Le Mages ne restent pas à Bethléem. Aussitôt qu’ils le peuvent, ils cherchent un chemin pour regagner leur pays et ce faisant, ils deviennent des messagers de la Bonne Nouvelle annoncée par la naissance de cet Enfant : "Un Sauveur nous est né" avait dit l’Ange aux bergers lors de la naissance de Jésus (Luc 2, 11). Ce message les mages le répercuteront dans leurs contrées et dans leurs milieux respectifs. Un message qui déborde les frontières du Peuple d’Israël. Un message universel. Un message pour l’humanité toute entière. C’est le caractère universel du Salut donné en Jésus que nous révèle le mystère de l’Épiphanie - de la Manifestation du Christ aux nations. Nous sommes invités comme les mages à faire route avec nos contemporains, jeunes et vieux, et à leur dire "Un Sauveur nous est né. Un Sauveur nous est donné". Une Bonne nouvelle toujours actuelle, une bonne nouvelle qui peut rejoindre à travers nos mots et notre façon de vivre ceux et celles qui sont en recherche dans notre société sécularisée.
Cet épisode des Mages ne peut nous laisser indifférents. Regardons les gestes qu’ils ont posés : adoration, offrande et longue marche. A leur exemple, à nous de les poser dans nos vies. Soyons aussi attentifs à ce qu’ éprouvent les mages quand ils retrouvent l’étoile après le détour par Jérusalem : une grande joie. Une autre joie lui fera écho : celle de Marie Madeleine et l’autre Marie, qu’on appelle les saintes femmes, le matin de Pâques. Que cette joie illumine toute notre année. Nous présentons nos vœux…N’oublions pas la joie. Une joie pleine d’espérance. Qu’elle nous mette en route nous aussi, comme elle a mise en route les mages et les saintes femmes.
Cette Eucharistie que nous allons célébrer est là pour nous aider à continuer notre marche, elle nous fait entrer en adoration et elle nous permet de présenter notre vie à Dieu en offrande spirituelle en union avec celle du Christ. Elle nous envoie témoigner du Christ par notre façon de conduire notre vie dans la joie, dans la confiance et la désappropriation, ici et maintenant, et en élargissant notre regard au monde entier. Que la lumière de l’Épiphanie rayonne au plus intime de nous-même tout au long de cette nouvelle année ! Amen !

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