L’âme chrétienne, spirituelle et responsable

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Homélie prononcée le 22 juin 2020

Frères et sœurs,

nous entendons ce matin un extrait de l’évangile selon saint Matthieu qui vient à la fin d’un long discours où le Christ parle à ses disciples de leur future mission et des épreuves qu’ils auront à subir, non seulement de la part des autorités politiques, des gouverneurs et des rois, mais également à l’intérieur de leur propre famille. Quand le Christ leur dit : « ne craignez pas les hommes, rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu », il encourage ses disciples à supporter les persécutions plus ou moins étouffées ou cachées, en leur disant qu’un jour, tôt ou tard ces persécutions seront connues de tous.

Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays où des disciples du Christ sont persécutés, tués, décapités, massacrés à cause de lui, et cela est clairement établi et indéniable, alors même que certains voudraient ne pas trop en parler. Mais le Christ dit à ses disciples : « n’ayez pas peur, ne craignez pas ceux qui ont le pouvoir de tuer le corps sans pouvoir tuer l’âme », c’est-à-dire ceux qui martyrisent les croyants mais qui ne parviennent pas à éradiquer leur foi. Rappelons-nous ce que disait le grand écrivain chrétien Tertullien, au IIIe siècle : « le sang des martyrs et semence de chrétiens » (Apologie 50,13). L’évangile nous parle de ces persécutions que des chrétiens subissent aujourd’hui au Proche-Orient ou en Afrique ou en d’autres pays.

En Europe les choses sont plus feutrées. Les maux que les disciples du Christ ont à subir sont beaucoup plus cachés, pour reprendre le terme de Jésus. Et lorsque le Seigneur ajoute : « craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme aussi bien que le corps », nous pouvons penser que la société dans laquelle nous sommes est capable de faire périr notre âme. Les structures prolifèrent qui éloignent de l’Evangile, et les pratiques et les dérives qui détournent de Dieu font que l’âme croyante, l’âme chrétienne, est soumise à rude épreuve, et peut connaître une véritable destruction spirituelle à cause des addictions en tout genre, à cause des abus de pouvoirs et des blessures qu’ils provoquent, mais aussi à cause des idéologies matérialistes et athées pour qui la vraie religion est celle de la croissance et du marché, du confort et du progrès, Dieu étant alors facultatif ou optionnel, tandis que les plus pauvres sont perçus comme un mal nécessaire.

Voilà tout ce qui, dans notre monde de production et de consommation, peut tuer nos âmes de croyants qui sont tournées vers l’amour gratuit, vers la vie spirituelle qui n’est pas de ce monde mais qui est en nous, et qui nous ouvre à la transcendance de Dieu et à notre propre éternité, toutes choses que peut-être, Frères et Sœurs, le confinement nous a invités à considérer avec un regard nouveau, non seulement nous, mais aussi nos contemporains, tant il est vrai que, pendant les deux mois d’arrêt brutal de cette course où nous sommes engagés, nous avons eu l’impression, avec nos concitoyens, que nous redécouvrions ce qui était nécessaire, essentiel, et ce qui l’était moins ou même ce qui ne l’était pas, et dont il fallait bien se passer.

Pendant les mois que nous venons de traverser, toutes ces activités frénétiques se sont arrêtées net pour lesquelles c’est habituellement l’augmentation, le chiffre et l’enrichissement qui sont la règle, l’horizon, l’avenir, l’espérance.
Et, tout d’un coup, il a fallu revenir à des questions fondamentales sur le sens et sur le but de notre existence, tout simplement parce que nous étions confinés chez nous, bloqués dans nos habitations, et restreints dans nos libertés de mouvements et de vie sociale.
Bien entendu, notre nourriture matérielle est essentielle. Et les crises économiques sont bien réelles. Mais la question de savoir ce que nous faisons sur terre et où nous allons est aussi réelle que ces crises, et même davantage encore. Et cette question est une question de notre âme, Frères et Sœurs, pas une question de notre corps. C’est une question qui nous montre que notre âme existe, notre âme humaine en quête de sens et d’éternité qui montre que nous ne sommes pas des animaux conduits par leurs instincts et leur psychologie animale. Cette âme humaine qui est la nôtre, elle est notre dignité. C’est notre liberté spirituelle. C’est notre cœur ouvert à l’amour de Dieu et de nos frères les plus humbles et les plus pauvres quels qu’ils soient. Et, vous le savez, pendant ce confinement, ce sont surtout les associations caritatives qui ont fonctionné pour pallier l’absence des autres services habituels, publics ou privés.

Eh bien, cette âme que nous avons qui est tournée vers le Seigneur lorsque l’on est croyant, cette âme, l’évangile nous dit que Dieu notre Père veille sur elle. Et quand le Christ prend l’exemple des oiseaux qui ne tombent pas à terre sans que Dieu le sache, il parle ainsi pour nous rassurer, pour nous inviter à la confiance : « même les cheveux de votre tête sont comptés. Soyez sans crainte ». Cette vie spirituelle qui est en nous, cette prière, cette foi, cette espérance et cette charité, Dieu veille sur elles.

Mais, en même temps, le Christ nous redit que nous en sommes responsables, car, justement, nous sommes libres. Lorsque le Seigneur Jésus, après avoir évoqué le Père qui veille sur nous, évoque aussitôt les choix fondamentaux que nous pouvons faire pour Dieu pour contre Dieu, il ne se contredit pas. Jésus insiste simplement sur le fait que Dieu qui veille sur nous ne prend pas notre place quand nous nous tournons vers lui ou quand nous nous détournons de lui. C’est bien nous qui choisissons et qui décidons, pas lui. Là est la grandeur de notre vie, la grandeur de notre cœur d’hommes et de femmes qui n’est pas quelque chose d’accidentel ou superficiel, mais qui est quelque chose de profond.

Quand le Christ parle de ceux qui se déclarent pour lui devant les hommes, il ne parle pas d’un cœur à cœur avec lui pendant un moment passager, ponctuel, vite balayé par les épreuves de la vie. Non. Il parle d’une attitude de fond. Et semblablement, lorsqu’il parle de le renier, il ne parle pas simplement de Pierre dans la nuit de la Passion qui renie son maître devant l’horreur de l’agonie et de la croix. Non. Le Christ parle d’une attitude répétée, durable, profonde, où l’on se détourne de Dieu en disant « il n’existe pas, il faut s’en éloigner, cette idée est un phantasme… », tournons-nous vers ce que saint Paul appelle notre « chair », notre bien-être et nos jouissances dans la vie de ce monde.

Vous le voyez, Frères et Sœurs, dans cet évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous prévient que notre destin éternel est entre nos mains, à tout instant, dès cette terre, et que, si le Père veille sur nous, il ne prend pas notre place lorsqu’il nous demande d’adhérer à sa vie et de ne pas nous engager dans la mort. Voilà cette grandeur dramatique de notre liberté devant Dieu qui va jusque dans l’éternité. Mais voilà, en même temps, cet amour, dramatique lui aussi, d’un dieu qui va se livrer pour nous, qui va faire l’expérience de notre mort pour que nous comprenions jusqu’où il nous aime, afin que nous acceptions sa présence dans notre vie, et que nous lui donnions la première place.

« Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé » veut dire aussi que la relation que vous avez avec moi maintenant, dans le secret de votre cœur, sera un jour dévoilée en pleine lumière. Vous paraîtrez pour le jugement, et c’est sur votre amour que vous serez jugés, votre amour pauvre ou riche, ouvert ou fermé.
Voilà ce jugement qui se fera sur nos capacités d’aimer, d’aimer la vie, d’aimer le Seigneur, de faire aimer la vie autour de nous, de faire aimer le Seigneur autour de nous, et de faire aimer l’ouverture du cœur à une espérance éternelle.

Demandons au Seigneur ce matin la grâce de nous sentir responsables de l’avenir spirituel de notre monde, non pas simplement de notre propre sanctification, de notre propre salut, mais de la sanctification de notre monde tel que nous le connaissons, tel qu’il peut nous agresser, nous persécuter. Mais intercédons pour que ce monde que Dieu aime tant, et qui a crucifié son fils unique, s’ouvre à sa bonté, reçoive son amour, et goûte combien Dieu est son Père, combien ce ciel dont nous parle le Christ est déjà sur la terre, pour nous élever au-dessus de nous-mêmes et, en nous rapprochant de lui, nous rapprocher les uns des autres, afin que nous vivions cette fraternité pour laquelle le Christ a donné sa vie, et dans laquelle nous progressons chaque dimanche, d’Eucharistie en Eucharistie. Amen.

Père Patrick Faure

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