L’unité des chrétiens

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Homélie prononcée le 19 janvier 2020

Frères et Sœurs,

Nous avons commencé hier la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cette semaine de prière nous vient du début du XXe siècle, en 1908, lorsqu’un prêtre anglican américain a voulu qu’on prie pour l’unité des chrétiens pendant huit jours, du 18 au 25 janvier. A l’époque, le 18 janvier était le jour où l’on célébrait l’autorité universelle de l’apôtre Pierre à Rome, et, de nos jours encore, le 25 janvier est le jour où l’on célèbre la conversion de l’apôtre Paul sur le chemin de Damas. La semaine de prière pour l’unité des chrétiens est donc liée aux deux apôtres Pierre et Paul, Pierre étant l’apôtre des juifs qui rappelle que l’Eglise vient d’Israël, et Paul étant l’apôtre des païens qui rappelle que, par la puissance de l’Esprit-Saint, l’Eglise d’Israël s’est ouverte au monde gréco-romain, et qu’elle a reçu en son sein les enfants des nations païennes dont nous sommes les descendants, pour l’immense majorité d’entre nous.

Cette communion des enfants d’Israël et des enfants des Nations est l’œuvre de l’Esprit-Saint qui rassemble dans une même foi et dans un même amour des hommes et des femmes venus de tous les horizons culturels et religieux. En ce sens, au baptême de Jésus, dans l’évangile que nous venons d’entendre, l’Esprit-Saint apparaît sous la forme d’une colombe, précisément parce que, dans la Bible et dans la tradition juive, la colombe représente la communauté des croyants (cf. Ct 2,14, Os 7,11). Autrement dit, la manifestation de l’Esprit-Saint sous la forme d’une colombe, au baptême de Jésus, nous dit que l’Esprit-Saint est lui-même la communion des croyants, lui qui est déjà la communion du Père et du Fils au cœur de la Trinité. C’est donc à l’Esprit-Saint qu’il faut s’en remettre quand on prie et quand on travaille à faire grandir la communion et l’unité entre les chrétiens. Et cette unité n’est pas seulement l’unité des catholiques et des protestants, des anglicans et des orthodoxes, des orientaux et des occidentaux. Cette unité des chrétiens, c’est aussi l’unité, la communion, de nos familles chrétiennes, de nos paroisses et de nos communautés dans une même foi et dans un même amour.

C’est le même Esprit-Saint de douceur et de vérité qui peut réunir des chrétiens aux traditions et aux divergences irréconciliables, et qui peut aussi faire évoluer les positions les plus dures à l’intérieur de nos cercles de vie les plus familiers. Mais douceur ne veut pas dire manque de combativité ou de caractère. Et vérité ne veut pas dire manque d’écoute ou de présence ou d’accompagnement. L’Esprit-Saint de notre baptême chrétien est l’esprit de douceur parce qu’il nous plonge dans les combats du monde pour que nous y fassions reculer la violence. Et il est l’esprit de vérité qui nous pousse à écouter ou accompagner nos contemporains pour que nous les aidions à orienter leurs aspirations vers plus d’humanité, afin que leurs aspirations soient plus belles, plus durables et plus vraies, et donc plus proches de Dieu.

Comprenons, Frères et Sœurs, que si le baptême du Christ est le début de sa vie publique en Israël, comme l’a dit Jean-Baptiste – « pour qu’il soit manifesté à Israël » – cela veut dire que notre baptême chrétien nous pousse nous aussi dans la vie publique du monde et de la société, pour que nous y vivions dans la douceur et dans la vérité du Christ, et pour qu’en y étant crucifié avec le Christ, comme le dirait saint Paul (Ga 2,19), nous y soyons, avec le Christ, porteurs non pas de haine et de vengeance, mais d’un plus grand amour et d’une paix qui ne sont pas de ce monde. Notre baptême n’est pas un acte magique par lequel Dieu nous doterait d’un pouvoir spécial de résistance ou de persévérance ou de compromis. Notre baptême qui nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ est un dynamisme, un élan, une source qui s’inscrit en nous et qui nous appelle à nous engager librement et volontairement au service de la paix, de l’unité, de la fraternité, là où nous sommes et là où nous pouvons. C’est cela « vivre son baptême », avec ce que cela suppose de sacrifices crucifiants mais libérateurs, mais aussi avec les joies descendues tout droit du ciel qui sont le secret des croyants et le cœur de l’Eglise.

Et pourtant, nous savons bien que, dans des pays européens dit de « vieille chrétienté » où l’évangile est implanté depuis longtemps, des chrétiens se sont entretués dans des guerres longues et cruelles, et qu’à l’intérieur même de ces pays des baptisés se sont massacrés entre eux pour des raisons d’intolérance et de blasphème. Et nous savons aussi, même si nous le disons moins, que les religions ne résistent pas aux instrumentalisations qu’on leur fait subir qui sont guidées par des appétits de pouvoir et de puissance bien éloignés de tout message fondamental de justice et de paix.

Mais le christianisme porte en lui un homme crucifié, un homme-dieu torturé par les divisions de son peuple. Et, pour cette raison, le christianisme a peut-être en son cœur une faculté d’intégration des haines fratricides et des scandales qui lui permet, avec le temps, de regarder le mal en face, y compris celui commis par des chrétiens, et de renaître en permanence de ses propres blessures parce qu’il porte aussi, en son baptême et en son Esprit-Saint, une victoire sur la mort qui le met à part des autres religions du monde, et qui fait de lui la religion la plus humaine pour le salut de notre monde.

Il y a longtemps que les chrétiens se divisent entre eux pour des raisons doctrinales ou politiques ou aujourd’hui sociétales qui sont complexes et multiformes. Et certains pourraient désespérer que l’Evangile soit un ferment d’unité, au regard de l’histoire et de l’actualité. Mais ce serait oublier que les communautés chrétiennes où l’Evangile est vécu avec un tant soit peu d’authenticité sont des milieux humains où l’Eglise n’est pas perçue comme une institution castratrice et arriérée, mais comme une fraternité génératrice de lien social, et plus exactement génératrice de ce lien social entre générations et entre cultures qui est un lien, lui aussi complexe et multiforme, et que nous appelons de nos vœux pour continuer à vivre ensemble.

C’est dans nos murs que l’œcuménisme commence, avec nos voisins à la messe et dans la vie de notre diocèse et de nos communautés, parce que c’est dans nos cœurs que le baptême de Jésus nous redit que nous sommes tous fils et filles de Dieu pour surmonter nos divisions et pour construire notre unité, afin que le monde croie en l’amour de Dieu, et soit sauvé par son fils qui est vivant pour les siècles des siècles. Amen.

Père Patrick Faure

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