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Homélie prononcée le 17 juin 2026
HOMÉLIE DE LA SOLENNITÉ DU TRÈS SAINT SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST
Dt 8, 2-3.14-16 ; Ps 147 ; 1 Co 10,16-17 ; Jn 6,51-58
Aujourd’hui, l’Église nous invite à méditer et à contempler avec émerveillement le plus grand trésor qu’elle ait reçu de son Seigneur : l’Eucharistie, le Corps et le Sang du Christ. Après avoir célébré la Sainte Trinité, mystère de l’amour divin, nous célébrons aujourd’hui le signe le plus concret de cet amour : Jésus qui se donne lui-même en nourriture pour la vie du monde.
Cette célébration revêt une joie particulière pour notre assemblée, puisque quelques néophytes de notre communauté vont recevoir aujourd’hui, pour la première fois, le Corps du Christ. Après avoir reçu le baptême, ils sont désormais admis à la table du Seigneur. Avec eux, nous rendons grâce pour ce don incomparable pour lequel, Jésus dans l’évangile, affirme avec force : « Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Ces paroles ont scandalisé les auditeurs de Jésus. Beaucoup se demandaient : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger ? » Pourtant Jésus ne retire rien de ses paroles. Au contraire, il les répète avec plus d’insistance : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. »
L’Église a toujours compris ces paroles dans leur sens le plus profond : dans l’Eucharistie, nous ne recevons pas seulement un symbole, un souvenir ou un signe. Nous recevons réellement le Christ vivant, mort et ressuscité pour nous. L’Eucharistie est le prolongement du mystère de l’Incarnation. Celui qui s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie continue de se rendre présent sous les apparences du pain et du vin afin de demeurer avec nous jusqu’à la fin des temps.
Tout commence avec l’expérience du désert. En effet, la première lecture nous rappelle que pendant quarante ans, Dieu a nourri son peuple avec la manne. Cette nourriture mystérieuse permettait à Israël de survivre, mais elle était surtout un signe destiné à enseigner une vérité fondamentale : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. » La manne était une préparation à un don beaucoup plus grand. Elle annonçait le véritable pain descendu du ciel : Jésus lui-même. L’histoire du salut apparaît ainsi comme une progression merveilleuse. Au commencement, Dieu nourrit l’homme avec les fruits de la terre. Au désert, il donne la manne venue du ciel. Mais dans la plénitude des temps, Dieu va beaucoup plus loin : il ne donne plus seulement quelque chose ; il se donne lui-même.
À la dernière Cène donc, Jésus prend le pain et dit : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Puis il prend la coupe : « Ceci est mon sang versé pour vous. » Dès lors, Dieu invite ses enfants à sa propre table. Il ne leur offre plus seulement sa création ; il leur offre son Fils. Voilà pourquoi l’Eucharistie est le sommet de tous les dons de Dieu.
Saint Jean-Paul II disait que l’Église vit de l’Eucharistie. En réalité, tout dans la vie de l’Église converge vers l’Eucharistie et tout en repart. Elle est véritablement, selon l’expression du Concile Vatican II, « la source et le sommet de toute la vie chrétienne ». Chaque baptisé est appelé à redécouvrir que la messe n’est pas une simple obligation religieuse, mais le cœur battant de la vie chrétienne, le lieu où le Christ actualise aujourd’hui son sacrifice pascal et nous associe à sa victoire sur le péché et sur la mort. Sans elle, l’Église perdrait sa source, son centre et son sommet. Sommes-nous réellement conscients de don merveilleux et extraordinaire ?
Les lectures de ce jour nous révèlent plusieurs dimensions essentielles de ce mystère. L’Eucharistie est le pain des pauvres. Dans le désert, la manne apprenait au peuple à dépendre de Dieu chaque jour. On ne pouvait pas en accumuler pour l’avenir. Il fallait faire confiance. Il en va de même pour nous. Pour recevoir dignement le Corps du Christ, nous devons reconnaître notre pauvreté spirituelle. Mgr Jean Marc a écrit dans sa lettre pastorale sur l’Eucharistie : L’Eucharistie est le pain des pauvres parce qu’elle est d’abord le sacrement du Dieu pauvre. Dans ce mystère, le Seigneur poursuit son abaissement. Lui, le Créateur du ciel et de la terre, accepte de se cacher sous les apparences d’un « pain de misère ». Comme le soulignait saint François d’Assise, le Seigneur de l’univers s’humilie au point de se cacher sous un petit morceau de pain pour notre salut. Chaque fois que nous communions, nous rencontrons ce Dieu humble qui choisit toujours la dernière place. Nous venons vers le Seigneur les mains vides. ; Avant chaque communion, nous répétons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir. » Cette parole n’est pas une formule de politesse religieuse. Elle exprime la vérité de notre condition. Personne n’est digne d’un tel don. Nous sommes tous des mendiants devant le Pain de vie. Et c’est précisément parce que nous sommes pauvres que Dieu nous nourrit.
Chers néophytes, aujourd’hui vous allez recevoir Jésus pour la première fois. Ne pensez jamais que cette communion est une récompense accordée aux parfaits. Elle est la nourriture donnée à ceux qui ont besoin d’être fortifiés. Elle est un remède pour les faibles, une nourriture pour ceux qui avancent parfois difficilement sur le chemin de la foi. Comme le disait le Curé d’Ars : « Vous n’en êtes pas dignes, c’est vrai, mais vous en avez besoin. » Approchez-vous toujours de l’autel avec humilité, confiance et gratitude.
Le Prêtre, par son ordination, rend présent et actualise sur l’autel, le sacrifice du calvaire. Ainsi lorsque je m’avance vers l’autel pour célébrer l’eucharistie, je prie au fond de mon cœur : « Seigneur Jésus, tu es à toi seul, l’autel, le prêtre et la victime, Toi le prêtre par excellence, tu m’as associé, moi indigne pécheur, à ton sacerdoce. Prends toi-même la présidence de cette eucharistie, que je m’efface devant toi. »
Bien que l’Eucharistie soit le pain des pauvres, Saint Paul en souligne cependant l’importance. Pour lui, il faut se souvenir du repas du Seigneur et de ne pas agir de manière indigne envers son corps et son sang. Il encourage les fidèles à se rappeler que leur participation à la cène du Seigneur est une manière d’honorer Dieu et de se souvenir de sa mort et de sa résurrection. « Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Et celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement, s’il ne discerne pas le corps du Seigneur ». (1, Co 11, 26-29)
Chers néophytes, lorsque vous prenez le corps du Christ, par respect et par dignité, formez un trône avec vos deux mains pour recevoir le corps du Christ. Si vous avez les mains chargées, encombrées, et que vous ne pouvez pas former un trône, ouvrez la bouche. Ne prenez pas l’hostie comme on prend un petit biscuit, comme un bonbon.
Saint Paul a exhorté les chrétiens de Corinthe à l’unité car l’Eucharistie est aussi le sacrement de l’unité. Saint Paul nous l’a rappelé dans la deuxième lecture : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps. » L’Eucharistie réalise une mystérieuse transformation. Nous ne recevons pas seulement le Christ en nous ; nous sommes aussi incorporés davantage à lui. Saint Léon le Grand écrivait que l’effet de la communion au Corps et au Sang du Christ est de nous transformer en ce que nous recevons. Nous devenons ainsi toujours davantage le Corps du Christ pour le monde.
L’Eucharistie nous unit à Dieu, mais elle nous unit également les uns aux autres. On ne peut pas recevoir le Corps du Christ tout en refusant son frère. On ne peut pas communier à l’amour du Christ tout en cultivant la haine, le mépris ou l’indifférence. Chaque communion est un appel à la réconciliation, au pardon, au partage et à la fraternité. C’est pourquoi la messe ne s’achève pas avec l’Amen final. Elle se prolonge dans notre manière de vivre. Le pain rompu sur l’autel doit devenir une vie donnée pour les autres. Le Christ qui se livre doit nous apprendre à nous livrer. Le Christ qui se fait nourriture doit nous apprendre à devenir nourriture pour nos frères. Enfin, l’Eucharistie est le pain de la vie éternelle.
Dans l’Évangile, Jésus répète plusieurs fois : « Celui qui mange ce pain vivra éternellement. » L’Eucharistie dépose déjà en nous une semence d’éternité. Lorsque nous communions, notre existence terrestre est mystérieusement touchée par la vie même de Dieu. Le Christ ressuscité entre dans notre vie pour nous faire participer à sa propre résurrection. Quelle espérance extraordinaire ! Nous avançons dans un monde marqué par la fragilité, la souffrance et la mort. Mais chaque communion nous rappelle que notre destinée ultime n’est pas le tombeau. Notre destinée est la vie éternelle. Le Christ nourrit aujourd’hui notre pèlerinage terrestre afin de nous conduire demain au banquet du Royaume.
Frères et sœurs, La fête du Saint-Sacrement nous invite aussi à redécouvrir l’adoration eucharistique. Après la communion, Jésus demeure réellement présent dans le Saint-Sacrement. Quelle grâce de pouvoir venir le rencontrer dans le silence d’une église ! Le saint Curé d’Ars disait : « Je l’avise et il m’avise. » Dans l’adoration, nous contemplons l’humilité de Dieu. Le Seigneur n’impose jamais sa présence ; il attend patiemment notre visite. L’adoration est un cœur à cœur avec Jésus. Elle nous apprend à aimer. Elle nous apprend à écouter. Elle nous apprend à recevoir. Elle nous apprend surtout à laisser le Christ transformer notre vie. En terminant, tournons-nous particulièrement vers nos néophytes. Le diocèse de Grenoble, a donné à l’Eglise universelle, le Père Pierre Julien Eymard qui a fondé la Congrégation des fondateur de la congrégation du Saint-Sacrement et des Servantes du Saint-Sacrement dédiées à l’adoration perpétuelle du Saint Sacrement.
Chers frères et sœurs, aujourd’hui, Jésus vous ouvre sa table. Vous avez appris à connaître son Évangile. Vous avez reçu son Esprit Saint. Aujourd’hui, vous recevez son Corps. Accueillez ce don avec émerveillement. Ne laissez jamais s’éteindre la faim de Dieu dans votre cœur. Que chaque communion approfondisse votre amitié avec le Christ. Qu’elle fasse de vous des témoins de son amour. Et qu’un jour, après avoir été nourris du Pain de la route, vous puissiez participer au banquet éternel du Royaume.
Demandons au Seigneur que chaque Eucharistie transforme notre existence. Comme le pain est rompu pour être partagé, que nos vies deviennent elles aussi un don pour nos frères. Le Corps du Christ est livré afin qu’un seul corps se construise : celui de l’humanité nouvelle réconciliée dans l’amour. Nourris du Pain de Vie, devenons à notre tour pain rompu pour le monde.
Demandons à la Vierge Marie, femme eucharistique, de nous apprendre à accueillir Jésus avec le même amour qu’elle l’a porté dans son sein. Amen.
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