La multiplication des pains

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Homélie prononcée le 1er août 2026

Ces derniers dimanches nous avons entendu des courtes histoires racontées par Jésus, des paraboles, avec dans chaque cas un message pour ceux et celles qui les écoutaient et aussi pour nous qui les avons écoutées de nouveau : le semeur, le bon grain et l’ivraie, le trésor, la perle fine.
Aujourd’hui, l’évangile de Mathieu nous parle des gestes posés par Jésus au cours d’un événement que nous avons appelé : la multiplication des pains. Ces gestes sont des signes à recevoir et à comprendre. On dit parfois que les gestes parlent plus fort que les paroles. Déjà, dans l’Ancien Testament, les prophètes en ont utilisés pour faire passer le message de Dieu. Isaïe, par exemple, reste nu pendant trois ans (Is 20,1-6) pour dire que si Israël fait alliance avec l’Égypte, il sera dépouillé, dépossédé de tout. Le prophète Osée épouse une prostituée pour faire réagir le peuple de Dieu qui lui-même se prostitue en rendant un culte à des divinités étrangères (Osée 1,1-3). Lui aussi, Jésus a posé des gestes qui ont interpellé ses disciples. Et on peut relire ce récit de la multiplication des pains en scrutant les gestes. Ce sont des signes que Jésus nous donne pour nous passer un message.
Le premier geste, c’est l’invitation de Jésus aux disciples « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Le soir tombe, et les villages ne sont pas très loin. Que chacun de ceux qui se sont rassemblés pour écouter les paroles de Jésus aille faire des achats pour se nourrir pensent les apôtres. Et Jésus répond à la préoccupation des disciples d’une façon surprenante. Il ne faut pas fuir le problème leur dit-il et Il les invite à se mettre au travail. Dieu choisit d’avoir besoin de nous. « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».
Le deuxième geste nous présente une quantité minime de nourriture : cinq pains et deux poissons. C’est avec ces pains et ces poissons que Jésus va agir. Jésus ne vient pas dans l’opulence et la splendeur. Il est présent dans la vie de tous les jours, symbolisée par ces aliments simples que sont les pains et les poissons. Il est une nourriture accessible à toutes et à tous dans la pauvreté des moyens, dans la petitesse, dans la faiblesse.
Le troisième geste à retenir est la réponse de Jésus : « Apportez-les –moi » … « et levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ». Cette nourriture pauvre est remise entre les mains de Jésus, l’Envoyé de Dieu. Elle est confiée à l’amour de Dieu qui se manifeste en Jésus. Une pauvreté que Jésus transforme dans la prière en s’abandonnant avec confiance à la puissance de son Père vers qui il lève les yeux en rendant grâces comme nous le faisons chaque dimanche dans l’Eucharistie. On peut voir dans ce geste une anticipation du sacrement de l’Eucharistie, car ce que Jésus a fait est le modèle que suit le prêtre à chaque messe au moment de ce que l’on appelle la consécration.
Le quatrième geste retenu est le geste de la distribution de la nourriture que Jésus donne aux disciples et que ceux-ci partagent avec la foule. « Il les donna aux disciples…et les disciples les donnèrent à la foule… Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. » Il faut mettre la main à la pâte ; ne pas regarder les choses de loin. Mais s’impliquer.

Jésus exprime une confiance totale en la puissance de Dieu son Père et invite les disciples à faire de même. Le résultat de cet abandon c’est un miracle étonnant qui se manifeste dans une abondance de nourriture qui répond à la faim des personnes qui sont là, mais aussi à nos faims d’aujourd’hui. La nourriture que Jésus donne est une nourriture de vie éternelle, qui va au-delà de nos attentes. Les douze paniers peuvent symboliser cette nourriture pour les générations à venir. En sortant de cette messe, nous sommes nous aussi envoyés avec un panier plein. Comme autrefois, Jésus continue à nous dire : “Donnez-leur vous-mêmes à manger”. Donnez à ceux qui ont faim, faim de pain, faim d’amour, faim de reconnaissance. Si nous unissons nos forces humaines à celles du Christ, le miracle pourra se reproduire et l’Église vivra.
Le récit de saint Mathieu en nous racontant l’événement de la multiplication des pains nous ouvre sur une nourriture autre que la nourriture matérielle. Celle-ci est le signe de la nourriture spirituelle que Dieu offre en abondance comme le dit la première lecture. « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? … Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez ». Cette nourriture spirituelle dépasse ce qu’on attend de la nourriture matérielle. Elle remplit le cœur. Elle ne se perd pas. Elle se partage avec les autres. Elle est toujours disponible. Jésus expliquera que cette nourriture c’est lui-même qui se donne à nous par amour. « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » rapporte l’évangile de Jean dans le discours sur le pain de vie.
Il se trouve qu’aujourd’hui, 2 août, l’Eglise nous invite à faire mémoire de Pierre-Julien Eymard fondateur de la Congrégation du Saint Sacrement. Un dauphinois originaire de la Matheysine, dont la statue se trouve ici à ma gauche en pendant de celle du curé d’Ars. Pour Pierre-Julien, l’Eucharistie était tout. Elle était le centre d’où jaillissaient sa vie et sa mission.
Pierre-Julien Eymard était interpellé par l’ignorance et l’indifférence de son temps. Il ne s’est pas laissé aller au découragement et il a trouvé une réponse aux besoins de son époque dans l’amour de Dieu manifesté dans le don du Christ en son Eucharistie. Il ne désirait qu’une chose : que le Christ dans l’Eucharistie soit connu, aimé et adoré. C’est le charisme de cette congrégation ; révéler l’amour du Christ présent dans l’Eucharistie et aider à rencontrer cet amour qui transforme.
Que ce récit de la multiplication des pains continue d’être un signe pour nous aujourd’hui. IL nous dit que nous recevons un don gratuit, un don jamais épuisé. Un don qui nous fait entrer dans la gratuité et l’abondance de ce que Dieu offre à chacun et chacune d’entre nous. Devant les faims de toutes sortes qui nous tenaillent, faim d’amour, faim de pardon, faim de bonheur, faim de Dieu, cet épisode de l’évangile nous invite à croire que si, à la suite de Jésus, nous levons les yeux vers notre Père du ciel, ces faims seront comblées au-delà de nos espérances. C’est ce que Pierre Julien Eymard voulait faire comprendre à ses contemporains et à nous aujourd’hui Amen !

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