La réalité la plus extraordinaire

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Homélie prononcée le 19 juin 2022

Nous célébrons ce matin, Frères et Sœurs, la réalité la plus extraordinaire qui existe sur notre planète, plus extraordinaire que tout ce que nous connaissons, et plus extraordinaire que tout ce que nous ne connaissons pas et qui reste encore dans l’ombre.

Et le jour où ce qui est encore dans l’ombre viendra progressivement à la lumière, le jour où ce qui reste encore dans le secret sera peu à peu dévoilé, peut-être que ce jour-là, devant les réalités nouvelles et insoupçonnées qui apparaîtront, nous serons comme les apôtres quand ils ont vu le Christ marcher sur l’eau. Nous serons au comble de la stupeur, et nous serons effrayés.

Mais il en sera ainsi, nous dit l’évangile selon saint Marc, parce que nous n’aurons toujours pas compris le miracle des pains (6,52), le miracle de la multiplication des pains dont nous venons d’entendre le récit parallèle chez saint Luc, miracle prophétique et annonciateur de cette réalité la plus extraordinaire où Dieu se donne à nous en nourriture.

Dieu lui-même sous la forme de pain à manger. Dieu lui-même, l’amour inconditionnel, infini et tout-puissant, sous forme d’aliment pour être assimilé par notre corps, notre âme et notre esprit. Le Christ a nourri les foules en Galilée pour signifier qu’il nourrirait un jour les foules du monde entier.

Le Fils de Dieu, c’est-à-dire Dieu le Fils, incarné dans notre condition humaine physique et spirituelle, mort crucifié à Jérusalem, ressuscité le troisième jour et monté au ciel vers son Père et notre Père, a lui-même enseigné qu’il donnerait sa chair, devenue glorieuse et immortelle, sous forme de pain à manger, pour nourrir et faire grandir la vie-même de Dieu, la vie éternelle, en celles et ceux qui croiraient en lui.

Et il a lui-même créé consciemment et volontairement cette nourriture la veille de sa mort, comme nous l’a rappelé la deuxième lecture, en transformant par sa parole qui a fait tant de miracles du pain en son corps et du vin en son sang, et en ordonnant à ses apôtres de répéter ses paroles et ses gestes jusqu’à ce qu’il revienne.

C’est ce que nous faisons tous les dimanches matin et tous les jours. C’est l’Eucharistie – ou encore la messe – qu’il a lui-même instaurée, instituée. C’est le sacrement de son corps vivant et de son sang vivant. C’est lui-même en personne, la Résurrection et la Vie qui se donne à nous.

Je ne connais pas d’autre religion ou philosophie du monde, ni aucune autre spiritualité, dans lesquelles celui que les hommes appellent Dieu aille aussi loin pour se communiquer à eux, se faire connaître d’eux, et se donner à eux en partageant leur souffrance et leur mort, en en sortant vainqueur, et en les alimentant par sa propre vie pour les sauver de la souffrance et de la mort.

La réalité la plus extraordinaire de notre terre, c’est Dieu qui se donne et qui s’offre à nous en nourriture pour nourrir en nous la force de nous aimer les uns les autres, la force de nous supporter les uns les autres et nous pardonner les uns aux autres, afin que nous bâtissions ensemble des communautés fraternelles qui témoignent de sa présence réelle au milieu de notre monde, pour le salut de notre monde.

C’est cela, le corps du Christ : corps physique et masculin du Christ Jésus en Israël, il y a 2000 ans, ce même corps entièrement transformé par la résurrection et devenu corps spirituel et glorieux tout en restant physique, et prenant la forme de pain et de vin. C’est la forme eucharistique de Jésus. C’est son corps eucharistique auquel nous communions pendant la messe.

Et ce même corps de Jésus, galiléen il y a 2000 ans et eucharistique aujourd’hui, c’est aussi l’Église dans tous les temps et dans tous les pays. Car, en se donnant à nous tout entier, le Christ, comme le dit saint Paul, fait de nous son corps (1Co 12,27), ses membres, ses ambassadeurs qui le rendent présent dans notre monde. Nous sommes ses mains, ses yeux, sa voix, son cœur, sa pensée. Il fait de nous son corps, son corps à la fois mystique et social. C’est cela l’Église corps du Christ, corps d’humanité qui se construit et se nourrit du corps eucharistique du Christ qui n’est autre que son corps humain transfiguré par la résurrection.

Et l’intimité que chacun de nous a dans son cœur avec le Seigneur est la même intimité que nous avons entre nous, même si, humainement parlant, nous ne nous connaissons pas ou pas bien les uns les autres. Voyez-vous, Frères et Sœurs, il y a entre nous une communion spirituelle qui n’est pas de ce monde : c’est l’intimité même du Christ. Et cette intimité mystérieuse, elle va bien au-delà des courants de pensée ou des clivages par lesquels notre monde quelquefois nous divise et nous oppose les uns aux autres.

Ce corps du Christ qui est l’Église, corps mystique et corps social de Jésus, il est crucifié par nos fautes comme le Vendredi Saint, mais il tient debout et il traverse les siècles parce qu’il est déjà ressuscité, comme au matin de Pâques, par la puissance de l’Esprit-Saint.

L’Église est crucifiée par le péché des hommes, et en particulier des chrétiens qui sont ses propres enfants. Et il y a longtemps qu’elle aurait disparu, si elle n’était pas animée par l’Esprit-Saint et nourrie par l’eucharistie, c’est-à-dire animée par l’amour éternel, et nourrie par l’amour plus fort que la mort.

C’est l’amour qui nous fait cohabiter, sans que nous nous en rendions compte, avec la réalité la plus extraordinaire de notre monde. C’est l’amour spirituel de Dieu qui nous fait même vivre de cette réalité, sans que nous en prenions conscience.

Mais rendons grâce à la bonté de Dieu qui parfois, dans des moments de lucidité, nous lève un coin du voile, et qui, dans l’avenir qui nous attend, nous fera découvrir un peu plus et un peu mieux les profondeurs insondables de ce grand amour qui vient sur nos lèvres ou dans nos mains, et qui nous unit les uns aux autres pour faire de nous des instruments de paix.

Que notre joie soit grande, ce matin, et qu’en nous laissant nourrir par le pain qui descend du ciel, nous aidions notre monde à s’élever vers Dieu. Amen.

Père Patrick Faure

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