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Homélie prononcée le 26 avril 2026
En ce quatrième dimanche de Pâques, l’Église nous invite à contempler l’une des plus belles images de notre foi : celle du Bon Pasteur. Toute la liturgie de ce jour converge vers cette figure proclamée par psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer » ; saint Pierre nous rappelle que nous sommes revenus vers « le berger de nos âmes » ; et dans l’Évangile, Jésus-Christ lui-même affirme : « Moi, je suis la porte des brebis. » Ce dimanche est aussi celui de la Journée mondiale de prière pour les vocations. Mais avant de prier pour les prêtres, les religieux et les consacrés, il nous faut comprendre qui est ce Pasteur que nous sommes appelés à suivre, et pourquoi lui seul peut conduire à la vraie vie.
L’image de Jésus portant une brebis sur ses épaules, évoque la mission du Messie de sauver l’humanité. C’est une image attachante et expressive. C’est dans les pays de tradition pastorale que la parabole du bon berger est très parlante. Dans ces pays en effet, le berger partage la vie de son troupeau, il vit au milieu de ses bêtes. Il vit avec ses bêtes. L’allégorie du berger gardant son troupeau, le conduisant aux bons pâturages et le protégeant contre les bêtes féroces ou les voleurs, traverse toute la Bible. Jésus la revendique, se l’applique : il est le « bon » pasteur, celui en qui brillent les qualités du bon berger. Le bon berger sait établir les relations de confiance, notamment, avec chacune des brebis de son troupeau.
La première lecture liturgique est la conclusion du discours de Pierre, au jour de la Pentecôte. Ce dernier, rempli de l’Esprit Saint proclame avec force : « Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » La Parole de l’Apôtre est ce jour-là, particulièrement efficace. En effet, touchés au cœur, les auditeurs demandent : « Que devons-nous faire ? » Et Pierre répond simplement : « Convertissez-vous. » La Résurrection n’est pas seulement une vérité à croire ; elle est une vie nouvelle à accueillir. Elle consiste à abandonner le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. Être chrétien ne consiste pas seulement à appartenir physiquement à l’Église, mais à entrer intérieurement dans une relation vivante avec le Christ. Jésus a confié à ses apôtres la mission d’annoncer la Résurrection pour amener les hommes à la conversion. Être disciple commence toujours par ce retournement du cœur.
Aujourd’hui encore, nous devons nous poser cette même question : Que devons-nous faire pour suivre le Bon Pasteur ? La réponse demeure : se convertir, écouter sa voix, changer de vie.
Le psaume 22 est l’un des plus beaux textes de toute l’Écriture : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. » Ce psaume ne parle pas d’un Dieu lointain, mais nous présente un Dieu proche, attentif, présent, fidèle. Il nous conduit vers les pâturages de la vie, il nous fait reposer sur des prés d’herbe fraîche, il nous accompagne même dans les vallées sombres : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. » Ce berger ne nous promet pas un vie dorée, sans épreuve, mais nous assure une présence qui ne nous abandonne jamais. Le Bon Pasteur appelle chacune de ses brebis par son nom et connaître le nom de quelqu’un signifie connaître sa vocation et son identité profondes. Je ne suis pas un numéro dans un troupeau, mais qu’il me connaît et m’aime personnellement.
Dans l’Évangile, Jésus ne dit pas seulement qu’il montre le chemin. Il dit : « Moi, je suis la porte. ». Il n’est pas simplement un guide parmi d’autres ; il est lui-même le passage vers la vie. Entrer par lui, c’est entrer dans le Royaume. Refuser cette porte, c’est rester exposé aux faux bergers. Malgré la poésie te le romantisme qui entourent l’image du bon pasteur, les paroles de Jésus sont d’abord polémiques. Il s’adresse aux Pharisiens. Le prophète Ézéchiel dénonçait déjà ces mauvais bergers qui « se paissent eux-mêmes », qui exploitent le peuple au lieu de le servir. Jésus reprend cette image pour dénoncer les faux guides, les voleurs, les mercenaires qui ne cherchent pas le salut des brebis mais leur propre intérêt. Aujourd’hui encore, il existe de faux pasteurs : ceux qui séduisent, ceux qui manipulent, ceux qui promettent le bonheur sans vérité, ceux qui exploitent la faiblesse humaine. Mais Jésus dit : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » Le vrai pasteur ne prend pas. Il donne. Il se donne.
Pour compléter le portrait du bon berger, saint Pierre, dans la deuxième lecture, nous rappelle que le Bon Pasteur est aussi le Serviteur souffrant : « C’est par ses blessures que vous êtes guéris. » Oui l’image du Bon pasteur ne nous trompe pas. Si ce pasteur est bon, il n’a rien de fade ou d’un doucereux. C’est un pasteur qui n’a pas craint d’aller au-devant du danger, de se faire Agneau et de se laisser immoler pour nous. Le Christ ne nous sauve pas de loin. Il entre dans notre souffrance. Il porte nos péchés. Il traverse la mort pour nous ouvrir la vie. Ainsi, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Aucun berger humain ne mourrait pour ses moutons, mais Jésus, lui, s’offre réellement en sacrifice. En lui, l’image du berger se confond avec celle de l’Agneau immolé. Voilà ce qui distingue définitivement Jésus de tous les autres : il nous aime jusqu’à la Croix. Être chrétien, ce n’est donc pas fuir la souffrance, mais la vivre dans l’union au Christ, avec espérance. Nous étions errants comme des brebis perdues, mais nous sommes revenus vers le berger de nos âmes.
Aujourd’hui, l’Église célèbre aussi la Journée mondiale de prière pour les vocations. Oui, nous devons prier pour les prêtres, les religieux, les religieuses, les missionnaires. Jésus lui-même nous le demande : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. » Le pape François rappelait aux évêques : « N’ayez pas peur de proposer aux jeunes la voie de la vie sacerdotale. » Mais n’oublions pas : la vocation concerne chacun de nous. Un père de famille est pasteur pour ses enfants. Une mère l’est pour son foyer. Un enseignant pour ses élèves. Un responsable pour ceux qui lui sont confiés. Un chrétien pour ses frères et sœurs. Les vocations sacerdotales et religieuses ne naissent-elles pas généralement des bons foyers et des couples chrétiens ?
Frères et sœurs, tout se résume finalement à ceci : écouter la voix du Christ et le suivre. Dans le bruit du monde, cette voix peut sembler lointaine. Mais elle demeure douce et ferme. Elle nous appelle à la conversion, à la confiance, à l’amour, à la mission.
Demandons aujourd’hui la grâce : de ne pas nous tromper de voix, de ne pas suivre les faux pasteurs, d’entrer par la seule porte qui conduit à la vie. Et prions spécialement pour les vocations : que le Seigneur donne à son Église des pasteurs selon son cœur, et qu’il fasse de chacun de nous un témoin fidèle de son amour. Car vraiment : « Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. »
Amen.
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