Noël spirituel

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Homélie prononcée le 24 décembre 2020

Frères et Sœurs

En cette nuit très sainte, l’Église célèbre dans le monde entier la naissance du Christ à Bethléem en Judée, au Proche-Orient. Aujourd’hui Noël est une fête planétaire où des millions de croyants dans le monde se rassemblent comme ils peuvent, et célèbrent la naissance d’un enfant juif en qui la foi chrétienne reconnaît le Fils de Dieu égal à Dieu, éternel, créateur et sauveur de tout l’univers. Si nous nous laissons un peu porter par l’amour infini, nous sommes conduits à voir que Noël, au-delà de notre horizon terrestre, est une fête cosmique et universelle qui va plus loin que les étoiles.

Et pourtant, tout se passe dans un petit enfant des hommes. Noël vient sauver les humains de la terre, en leur apprenant que la vraie valeur humaine, Frères et Sœurs, ne s’achète pas et ne se vend pas, ne se situe pas dans le domaine de l’avoir, des compétences, des potentiels, des carrières et des fortunes. Eh non ! La vraie valeur humaine, vous le savez, la seule vraie valeur que Dieu nous enseigne à Noël, c’est la profondeur du cœur, c’est la profondeur dans laquelle on vit, dans laquelle on travaille, la profondeur humaine dans laquelle on souffre et supporte la maladie, la profondeur humaine dans laquelle on meurt et on transmet la vie autour de soi. Cette profondeur humaine, c’est tout le contraire des images et du bruit permanent, superficiel et aliénant, par lequel on s’enferme dans son monde virtuel en se coupant du monde réel. Cette profondeur humaine sauve l’humanité de ses dialogues de sourds parce qu’elle permet de progresser dans une véritable écoute les uns des autres. Et elle sauve l’humanité de ses conflits stériles et destructeurs parce qu’elle est tout le contraire de la radicalisation et des simplismes réducteurs. La profondeur humaine qui nous vient à Noël, c’est la profondeur même de Dieu qui descend du ciel dans notre cœur, et qui nous redit que notre bonheur est dans la pureté de notre amour, dans la vérité de notre amour, dans la gratuité de notre amour, et pas ailleurs.

Frères et Sœurs, Noël est une fête qui nous rend plus humains parce que cette fête nous rapproche de Dieu, et qu’en nous rapprochant de Dieu elle nous rapproche les uns des autres, dans une même foi, une même espérance et une même charité. Noël est ce moment unique où une immense majorité d’êtres humains sur la terre osent croire ensemble, espérer ensemble, aimer ensemble. Or, le virus qui nous empêche d’être ensemble, et de nous rapprocher les uns des autres, semble porter atteinte à cette belle unanimité. Si nous ne pouvons pas nous retrouver habituellement, comment garderons-nous vive la conscience d’appartenir au même peuple de Dieu, à la même Église, à la même communauté ? C’est une vraie question qui ne concerne d’ailleurs pas que les catholiques et les autres chrétiens, mais qui concerne aussi la plupart des religions d’aujourd’hui.

Disons peut-être que, dans la lumière de Noël qui touche le plus intime de nos relations affectives cette question du virus qui nous écarte les uns des autres, et qui nous prive des gestes fraternels quand il ne nous prive pas de la messe elle-même, cette question du virus apparaît sous un jour nouveau qui nous invite à des conversions nouvelles. En période normale et sans virus, l’exercice du culte public tient lieu de moment d’expression de la foi, que ce soit la messe du dimanche ou les grandes fêtes comme ce soir, ou encore les mariages, les baptêmes, les communions, les enterrements, les pélerinages etc. Et, dans les familles pratiquantes, il y a aussi la prière du soir avec les enfants devant la crèche et, peut-être, le sapin de Noël.

Mais, confinement ou pas, culte public ou pas, prière familiale ou pas, nous savons bien que la grande timide, pour ne pas dire la grande muette, dans tous ces supports et ces soutiens de la vie chrétienne, c’est notre fameuse « liberté d’expression », en entendant par là non plus d’abord notre liberté de critique, de caricature ou de revendication, ou notre liberté d’exprimer des convictions communes, mais en entendant par « liberté d’expression » la faculté d’exprimer notre relation personnelle avec Jésus le Christ, le Messie, avec Dieu, avec l’Esprit-Saint, avec l’Église, avec les saints et les saintes, relation personnelle dans la prière et dans la réflexion sur le mystère de Dieu et sur ce que nous sommes.

Le pas que la lumière de noël nous invite à franchir en cette période virale, c’est le pas de la liberté d’expression spirituelle au sein de nos familles, de nos milieux de vie habituels, peut-être aussi de nos milieux professionnels. Le pas que Noël nous appelle à franchir cette année, c’est de ne plus avoir peur de partager l’intimité de notre foi dans notre environnement proche dont le virus ne nous sépare pas totalement. Il y a une liberté d’expression que nous avons à demander à Dieu qui est une liberté d’esprit et d’ouverture envers celles et ceux qui nous entourent. C’est la liberté de dire notre foi, notre pauvre foi, souvent notre foi d’enfant, simple et rudimentaire, mais notre foi merveilleuse qui est ce lien ténu et intime avec Dieu dans notre cœur. En cette année de pandémie, la grâce de Noël nous invite et nous incite à une plus grande spontanéité dans notre parole de croyants qui vivent ensemble et qui se disent chrétiens. C’est le progrès spirituel que nous avons à faire entre époux, entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre générations, entre amis, pour que nous mettions vraiment en œuvre ce trésor de notre foi qui augmente et qui élève la qualité de nos relations. Et, ce faisant, nous comprendrons sans doute que nous avons besoin de nous instruire, de nous former dans notre propre religion pour mieux témoigner de la splendeur de Dieu et de l’homme dans la foi chrétienne. Voilà ce pas de plus grande humanité, de plus grande profondeur humaine que nous pouvons faire cette année dans les sphères plus immédiates où nous vivons au quotidien. Il ne s’agit pas de nous refermer sur nos relations les plus proches. Il s’agit d’y faire entrer le souffle de Dieu.

Demandons la douceur de Noël qui nous fera trouver les mots, les gestes, les attentions par lesquels la grâce de Dieu fera de nous des anges, des envoyés qui diront et qui apporteront la paix du ciel sur la terre. C’est cela, être plus humains, dans cette douce nuit, sainte nuit. Et cela veut donc dire aussi que nous aurons présents à notre cœur tous les Noël malheureux des enfants qui pleurent et qui crient parce que leurs parents sont morts ou blessés. Nous pensons au calvaire des adultes qui ont tout perdu et qui ont dû fuir loin de chez eux. Mais nous demandons pour eux et pour nous-mêmes la force de Dieu qui nous permettra de lutter contre le fatalisme et le découragement. Les souffrances du monde sont inimaginables. Mais Dieu les connaît toutes. Et il les porte toutes. Et c’est pour les porter avec nous qu’il vient naître parmi nous. Laissons-nous bouleverser par la bonté de Dieu qui, dans les convulsions de notre monde, nous donne sa paix pour nous aider à renaître d’année en année à une conscience plus élevée de notre humanité, à un soutien plus effectif de ses membres blessés, à une vie chrétienne plus heureuse de se donner à ses frères.

Que saint Joseph et la Vierge Marie veillent sur le Christ qui habite en nos cœurs pour que nous grandissions dans sa grâce et devenions les uns avec les autres la famille et la maison de Dieu pour le salut de notre monde. Amen.

Père Patrick Faure

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