Sortir de la peur

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Homélie prononcée le 31 mai 2020

Frères et sœurs,

L’évangile que nous venons d’entendre nous ramène au soir de Pâques, il y a 50 jours, lorsque le Christ répand son Esprit-Saint sur les apôtres pour qu’ils remettent les péchés. Pourquoi donner aux apôtres dès le soir de Pâques ce pouvoir de remettre les péchés ? Parce que le péché, c’est la mort et la culture de mort, la rupture avec Dieu et avec la vie, la division en nous et entre nous. Et la rémission des péchés, le pardon des fautes, c’est l’œuvre de la résurrection, c’est la victoire sur la mort et sur la culture de mort, c’est l’entrée dans la vie nouvelle qui ne mourra jamais.

Seulement voilà, les apôtres ont peur, et, au temps de Pâques, ils restent enfermés au cénacle. En revanche, au matin de la Pentecôte, le Christ ressuscité répand sur eux du haut du ciel son Esprit-Saint pour qu’ils proclament ouvertement la résurrection et la croix. Et les apôtres n’ont plus peur. Ils sont pleins d’assurance. Ils sont devenus des témoins.

Vous voyez, Frères et Sœurs, passer de Pâques à la Pentecôte, c’est passer de l’expérience intime de la résurrection qui régénère et qui libère les croyants de la mort et du mal à la proclamation publique de cette résurrection qui ouvre les croyants à leur environnement humain universel. Dans la nuit de la Passion, l’apôtre saint Pierre avait renié le Christ. Il avait péché contre lui. Il s’était dit prêt à mourir pour lui. Mais devant l’horreur du Vendredi Saint il avait eu peur : « non je ne connais pas cet homme ». Il a fallu la résurrection pour qu’il commence à renaître et reçoive en privé le pardon du Seigneur. Mais il a fallu la Pentecôte pour qu’il commence à s’ouvrir et se montre un autre homme. A Pâques il était encore faible dans la foi, pardonné mais timide. Mais dans l’Esprit-Saint de Pentecôte il est désormais fort et confirmé dans sa foi. Il va parler au monde.

Nous aussi, Frères et Sœurs, comme les apôtres, nous avons reçu l’Esprit-Saint à notre confirmation. Nous sommes habilités à dire ouvertement la merveille qu’est notre foi en la résurrection des morts, car notre foi est une merveille. Nous l’oublions trop souvent, et nous la gardons trop souvent pour nous parce que nous avons peur, comme les apôtres confinés au cénacle. Mais le Christ ressuscité nous donne ce matin la mission de partager la merveille de notre foi à ceux qui nous entourent.

Cette mission n’est pas seulement l’affaire du clergé bien formé ou des laïcs les plus zélés. Non. C’est la mission de toute l’Eglise, de tout baptisé confirmé comme l’a rappelé le deuxième concile du Vatican (LG 10), et comme le pape François ne cesse de le redire. Cette mission n’est pas privée. Elle est publique, parce que l’Esprit-Saint s’est fait entendre dans le domaine public, comme un violent coup de vent. Les apôtres sont sortis dans la rue où des hommes de tous horizons les ont vus et entendus annoncer la résurrection du Christ.

Pour nous aujourd’hui, annoncer publiquement la résurrection signifie dans notre société urbaine, plurielle et pluraliste, dire notre foi quand les circonstances nous y portent. Et les circonstances ne manquent pas, depuis les plus faciles et les plus heureuses, face à des contemporains ignorants mais bien disposés, jusqu’aux circonstances les plus difficiles et les plus polémiques face à des contemporains haineux, mal informés ou mal disposés.

Au matin de la Pentecôte l’enthousiasme communicatif des apôtres a été moqué par certains de leurs concitoyens qui disaient en les voyant : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). Ils ont trop bu.

Aujourd’hui de même, notre foi et la vérité qu’elle révèle peuvent être, elles aussi, taxées de folie, de déraison, ou de non-sens. Mais l’Esprit-Saint nous envoie dans notre monde tel qu’il est, avec toutes ses ambivalences et ses contradictions, notre monde qui peut se réjouir de voir la beauté de la vie spirituelle, mais qui peut également s’en moquer, ou s’offusquer d’entendre une parole de vérité qui dénonce les apostasies et les idéologies mortifères.

Or, nous savons bien que notre cœur et notre intelligence ressemblent à notre monde, et que nous-mêmes nous sommes toujours prêts à recevoir la grâce de l’Esprit-Saint quand celui-ci console, mais que nous sommes réfractaires à son action quand il nous emmène là où nous ne voudrions pas aller – comme le dit le Christ à St Pierre –, c’est-à-dire vers celles et ceux que nous ne voulons pas voir ou connaître parce qu’ils sont trop loin ou trop différents de nous.

Alors, le miracle de l’Esprit-Saint qui ressuscite les morts et qui pardonne les fautes c’est qu’à la Pentecôte il nous unit plus étroitement au Christ, et qu’il nous unifie en nous-mêmes pour nous pousser à la mission dans ce monde tel qu’il est. Le miracle de l’Esprit-Saint qui fait parler un langage nouveau pour dire les merveilles de Dieu, c’est qu’il nous attache plus étroitement à la personne-même du Fils de Dieu pour que nous n’ayons pas peur d’aller au-devant des cultures et des religions que nous frôlons sans jamais les toucher, que nous jugeons sans jamais les rencontrer. Le miracle de l’Esprit-Saint qui nous fait sortir des cénacles où nos peurs nous enferment, c’est qu’il nous remplit de feu, d’intelligence et d’assurance pour nous faire inventer les mots nouveaux qui diront l’évangile de la vraie vie aux Parthes, aux Mèdes, aux Elamites de notre monde, aux juifs aux prosélytes aux crétois et aux arabes d’aujourd’hui.

Nous sortons timidement de plusieurs semaines de confinement par peur d’une contamination virale qui fait des milliers de morts. Et, ce faisant, nous avons pris conscience de nos fragilités radicales qui appellent des changements radicaux dans nos modes de vie personnels et sociaux.

Que l’Esprit-Saint de la Pentecôte chasse nos peurs en nous donnant la sagesse et la force, la prudence et la joie. Qu’il nous donne surtout l’énergie de tisser des liens de fraternité plus forts que nos divisions, des liens de proximité plus durables que les soutiens virtuels, des liens de profondeur humaine et de spiritualité plus désirables que l’enrichissement matériel et la satisfaction de toutes les convoitises. Que l’Esprit-Saint consolateur soit pour nous ce feu du ciel qui nous fera parler de la résurrection et du pardon. Qu’il fasse grandir en nous l’assurance que Dieu accompagnera les croyants dans les bouleversements de notre monde, en leur donnant la force d’aimer comme le Christ, et d’apporter la vraie vie, celle qui prépare à recevoir une éternité de lumière et de paix. Amen.

Père Patrick Faure

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