Vivre par le Christ au service du prochain

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Homélie prononcée le 30 juin 2022

Frères et Sœurs,

pour aller droit au but, la question qui nous est posée ce matin par les lectures que nous venons d’entendre, c’est ni plus ni moins que la question de Dieu dans notre vie.

Oui ou non, Dieu est-il Dieu dans notre vie ? Oui ou non, tient-il la place de Dieu, c’est-à-dire la première place, ou bien tient-il plutôt la deuxième place ou la troisième, ou encore une autre, ce qui signifie alors qu’il n’est plus Dieu, mais qu’il est une simple idole parmi d’autres, malgré nos professions de foi et peut-être même nos prières ? Est-ce bien le Seigneur Jésus qui est à la première place quand nous sommes avec les gens de notre maison et qu’il nous appelle à le suivre, comme il le fait dans l’évangile d’aujourd’hui ? Est-ce bien le Christ mort et ressuscité qui est à la première place lorsque nous enterrons nos morts ? Est-ce bien le service de Dieu, la vie spirituelle et la proximité avec l’Église qui ont du poids quand nous cherchons un nouveau logement, ou bien est-ce d’abord notre sécurité animale qui compte pour nicher ou nous terrer quelque part, comme le font les oiseaux et les renards dont Jésus vient de nous parler ?

Bien entendu, nous répondons à ces questions en expliquant que nous sommes attachés au Seigneur et que nous l’aimons, et que nous restons avec lui dans tout ce que nous vivons. Et nous disons que c’est à travers notre conjoint, nos enfants et nos amis, bref, à travers nos liens charnels, familiaux et sociaux que nous vivons avec Dieu, qu’en retour il nous bénit et que nous lui rendons grâce, et que, à travers les épreuves de la vie, nous avançons plus près de lui. Oui, bien sûr, Frères et Sœurs. Mais, ce matin, il ne s’agit pas simplement de vivre avec le Seigneur à travers les liens humains et les étapes de l’existence. Il ne s’agit pas seulement d’être avec lui comme avec un ami, et de marcher avec lui sur les chemins du monde.

Vous l’avez entendu : pour suivre le prophète Elie, le prophète Élisée a tué ses bœufs, c’est-à-dire son instrument de travail et son moyen de subsistance. Et, ce faisant, il est devenu entièrement dépendant de son nouveau maître. Ce qui veut dire que, dans l’Évangile, Jésus ne nous appelle pas seulement à vivre avec lui mais à vivre par lui, à vivre à partir de lui, en dépendance de lui, à commencer par notre propre vie et la vie de nos proches.

Vivre par le Christ ou vivre du Christ veut dire que le Christ Jésus tient la première place dans notre vie, que dans nos choix fondamentaux il vient en premier, non pas en second ou en troisième, et que par lui et pour lui nous consentons des sacrifices coûteux ou même insensés aux yeux du monde, mais des sacrifices qui nous font aimer d’un amour vrai, vivre de la vraie vie, celle qui est ouverte à tous et qui a le goût de l’éternité.

Ici, la société où nous vivons nous accusera peut-être « d’extrémisme radical » incompatible avec l’ouverture et la tolérance qui sont nécessaires à la vie commune, dans toute sa diversité culturelle et spirituelle. Mais alors, c’est justement ici qu’il faut y regarder de plus près.

Car, oui, l’Évangile est radical. Et il appelle à un lien direct, immédiat et personnel avec le Christ, un lien de dépendance vitale et sans compromission.

Mais c’est aussitôt pour nous renvoyer directement, immédiatement et personnellement à l’amour et au service les uns des autres, à commencer par les plus pauvres et les plus faibles, au-delà de nos cercles habituels et familiers. Oui, l’Évangile est radical. Mais sa radicalité n’est pas celle de la violence qui élimine ses adversaires et qui les tue.

Quand on est vraiment du Christ, quand on veut vivre par lui, on ne demande pas à Dieu de détruire les ennemis qu’on peut avoir, en faisant tomber sur eux le feu du ciel, comme l’avait fait le prophète Elie en son temps, et comme Jacques et Jean voudraient le refaire au temps de Jésus dans l’évangile de ce matin. Quand on veut vivre du Christ et par lui, on demande à Dieu de bénir les ennemis, et on lui demande, comme le dit saint Paul, de ne pas se laisser vaincre par le mal, mais de vaincre le mal par le bien (Rm 12,21).

Il y a là un véritable combat spirituel. C’est le combat spirituel dont nous a parlé la deuxième lecture qui nous a rappelé que, par notre baptême et par le don de l’Esprit-Saint, le Christ nous a libérés, et nous libère en permanence, des passions charnelles et de leur domination, et nous appelle à grandir dans la vraie liberté en nous mettant les uns au service des autres.

Ce que nous découvrons alors dans la vie de l’Église, et qui ne fait pas la une des médias, c’est que lorsque nous nous mettons au service des plus pauvres et des plus faibles à cause du Christ et de son appel radical, alors nous sommes touchés à la racine de notre être. Lui, Jésus, prend davantage de place dans notre vie, et nous grandissons davantage dans la liberté d’esprit reçue à notre baptême. C’est lorsque nous servons les plus précaires alors même que nous avons tout pour être heureux, c’est alors que nous trouvons ce supplément de vie qui nous recentre sur l’essentiel que nous avons reçu à notre baptême. C’est lorsque nous servons les plus faibles et les plus petits que nous recevons la consolation de l’Esprit sur nos blessures et sur nos drames. C’est au moment où nous aidons et où nous servons, pour l’amour inconditionnel du Christ, ceux qui dépendent entièrement de nous parce qu’ils n’ont rien d’autre, c’est à ce moment-là que nous nous rendons entièrement dépendants du Christ qui nous envoie vers eux, et qui nous ordonne de les aimer, alors qu’ils nous sont peut-être étrangers ou même antipathiques.

Cet extrémisme-là qui est celui de l’Évangile nous apprend à mettre l’amour du Christ à la première place. Et il fait alors entrer dans nos relations humaines les plus légitimes et les plus familières le souffle de l’Esprit-Saint et la liberté même de Dieu. « Marchez sous la conduite de l’Esprit, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair », nous a dit l’épître aux galates (Ga 5,16).

Voilà pourquoi l’Église nous appelle inlassablement à servir les plus pauvres et les plus démunis, en leur apportant le vivre ensemble et la convivialité que nous réclamons pour nous-mêmes ou pour notre société. Être engagé dans cet amour du prochain, c’est être fondé sur le roc, et c’est être capable de résister aux tempêtes et aux scandales.

Demandons au Seigneur de nous faire avancer dans cet amour pour qu’il prenne toute sa place dans notre vie, et pour qu’il fasse de nous des chrétiens vigoureux comme des prophètes et heureux d’annoncer l’Évangile à notre monde. Amen.

Père Patrick Faure

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