4ème dimanche de l’Avent

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Homélie prononcée le 24 décembre 2023

Ce jour, nous célébrons le quatrième dimanche de l’Avent. Et dans quelques heures, l’Eglise entière va fêter la naissance de Notre Seigneur Jésus Christ.
L’évangile de l’Annonciation, proposé aujourd’hui à notre méditation, nous introduit dans le grand mystère de l’incarnation, l’un des trois grands mystères de la foi catholique. Et qu’est-ce qu’un mystère ? Nous avons appris au catéchisme qu’un mystère est une vérité révélée, inexprimable, qui dépasse notre entendement, notre intelligence mais auquel nous devons croire.
Le mystère de l’Incarnation (du latin in, dans et carne, chair) celui que nous allons vivre dans quelques heures est celui par lequel Jésus a pris chair dans le corps de la Vierge Marie. Il est venu habiter parmi nous. Il s’est fait l’un de nous, il s’est abaissé comme l’exprime si bien St Paul dans sa lettre aux Philippiens, « le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu ne retint pas jalousement, le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé…… » (Ph 2, 6-8).
Ce mystère, nous instruit St Paul dans la lettre aux Romains, gardé depuis toujours dans le silence est maintenant manifesté. Il est porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi, à Celui qui est le seul sage.
L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu à une jeune fille vierge du nom de Marie pour lui annoncer qu’elle a été choisie par Dieu pour être, par la puissance de l’Esprit-Saint, la mère de son Fils. Nous avons suivi le dialogue entre l’Ange Gabriel et Marie :
Marie est déjà engagée dans un projet de mariage avec un homme appelé Joseph. Encore à l’étape des fiançailles, voici qu’elle reçoit la visite de l’Ange lui annonçant qu’elle est l’objet du choix de Dieu pour être la mère du Messie. « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ».
Nous connaissons les réactions de Marie, « Elle est toute bouleversée, elle se demande ce que pouvait signifier cette salutation, comment cela pourra-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? ». Voilà des questions qui ont fourmillé dans l’Esprit de Marie, qui sont l’expression de la contrariété qu’a dû provoquer cette annonce dans le cœur de Marie.
Mais avec l’assurance des propos apportés par l’Ange, Marie est rassérénée, apaisée et rassurée. Elle peut alors donner une réponse digne de la confiance faite par Dieu : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole »
Concernant la conception virginale de Jésus, Luc évoque l’intervention de l’Esprit saint qui crée et recrée :
L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendre sous ombre ; c’est pourquoi, celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.
En effet, la conception de Jésus ne sera pas la grâce inespérée accordée à un couple resté stérile comme ce fut le cas pour Jean Baptiste ou pour tant d’autres dans la Bible. Il n’est pas demandé à Marie de connaître Joseph pour que le mystère s’accomplisse, car l’Esprit accomplit une nouvelle création. La nouvelle résidence de Dieu est Marie ; elle symbolise le nouveau peuple de Dieu. La Shekinah (présence de Dieu) est en elle et la couvre de son ombre.

L’Esprit Saint est le principe de régénération. Nous le chantons dans le psaume. Ps 104,30 : « O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre. » 11 y a, écrit le Père Lucien Deiss bibliste, dans cette prière l’essentiel du mystère du chrétien. C’est l’assomption de tout ce qui est pleinement humain au service de Dieu, c’est la « spiritualisation » de l’humanité en y faisant habiter l’Esprit, c’est finalement la divinisation de l’homme et de sa prière par la grâce de ce même Esprit. Oui Marie offre à Dieu son sein virginal. L’Esprit fait surgir de sa chair le Fils de Dieu

Il en est ainsi de chaque Eucharistie. Nous présentons à Dieu du pain et du vin. L’Esprit Saint, invoqué sur les offrandes (dans la prière de 1’épiclèse) : « Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le Corps et le Sang de Jésus le Christ, notre Seigneur » (PE II), transforme le pain et le vin en Eucharistie, en louange du Christ au Père, s’il n’y avait pas l’épiclèse, l’action de l’Esprit sur le pain et le vin, ce ne serait ni plus ni moins que du pain et du vin sorti de « Casino » ou de n’importe quelle boulangerie. ,
Dans ce même élan, Saint Paul évoque l’intervention de l’Esprit Saint lorsque nous prions. Nous offrons à Dieu nos pauvres prières humaines, l’Esprit vient alors au secours de notre faiblesse et les transforme en prières filiales, il nous fait crier « Abba ! Père ! »

Comme je l’ai dit au début, l’Incarnation est un évènement extraordinaire qui a bouleversé le monde. Dieu a accepté de devenir un homme : Jésus Christ. Celui-ci est venu assumer notre nature, toute la nature humaine excepté le péché. Le fils de Dieu est venu établir le règne de Dieu son Père ; « un règne de vie et de vérité, de justice et de paix, d’amour et sainteté ». Il est le Fils du très Haut, qui s’est abaissé et a pris la condition de serviteur, jusqu’à la mort sur la croix. Ceci pour élever tous ceux qui l’accueillent. Il est le Verbe fait chair pour diviniser l’homme. L’incarnation du verbe est un double jumelage : Jésus devient homme, l’homme devient Dieu.
Ainsi le projet du roi David qui dans la première lecture, voulant construire une demeure pour son Dieu a-t-il trouvé ici sa réalisation. En effet, Dieu par le prophète Nathan lui avait répondu par un jeu de mots : ce n’est pas toi, mais moi qui te donnerai une résidence, ce sera ta descendance. C’est la première promesse d’une demeure définitive de Dieu parmi les hommes. Dieu ne veut pas habiter une maison de cèdre mais plutôt dans le cœur des hommes. Car, il est « Dieu-avec-nous ». Son grand désir est que nous puissions nous conformer à lui afin que nous marchions main dans la main vers la félicité bienheureuse. Il nous convie donc à nous unir à lui et à être en communion fraternelle avec nos semblables.
L’Enfant de la crèche frappe discrètement à la porte de notre cœur et attend notre réponse, car il veut à tout prix naître et demeurer en nous. Nous sommes appelés à l’accueillir pour enfin le donner avec foi et conviction au monde à l’instar de la Vierge Marie. Dieu nous invite à collaborer à son œuvre rédemptrice. C’est avec joie et de tout notre être que nous devons accomplir cette mission qui nous incombe.

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