Il vient tous les jours

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Homélie prononcée le 28 novembre 2021

Frères et sœurs,

dimanche dernier nous avons fêté le Christ-Roi, c’est-à-dire le Christ Jésus ressuscité, régnant par son amour infini dans l’univers entier. Nous l’avons vu torturé sur la Croix et transfiguré dans la gloire. Et, ce matin, nous le voyons qui vient vers nous. Il n’est pas loin de nous dans un splendide isolement. Il vient vers nous – comme il nous l’a promis le soir du jeudi saint – pour nous prendre avec lui, et nous conduire à son Père. Le fait qu’il vienne, sa venue royale dans nos vies et dans notre monde, c’est ce que nous appelons son « avènement », en latin adventus, qui a donné le mot français « avent », avec un « e ». Jésus le Christ-Roi vient sauver nos vies et notre monde, en nous donnant la joie et la paix du ciel pour que nous traversions toutes les épreuves et que nous en venions à bout.

Nous sommes comme des enfants, Frères et Sœurs. Nous pensons que nos vies et notre monde doivent être des longs fleuves tranquilles que rien ne doit troubler. Notre idéal est d’avoir une belle villa dans une belle banlieue, ou un grand appartement dans une grande ville, un bon mari, une bonne épouse et de beaux enfants, une belle voiture et des comptes en banque bien remplis, un pays prospère et paisible et des vacances au soleil avec, bien entendu, beaucoup d’amis réels ou virtuels. C’est, à peu de choses près, l’idée que nous nous faisons du bonheur.

Et, si nous avons un peu d’ambition, nous rêvons de carrière, de poste en vue, de fortune et de célébrité. Si, en plus, nous avons des talents d’artiste ou de technicien, nous n’aurons de cesse de les réaliser dans la recherche passionnée du beau, de l’efficace et de la grandeur. Et nous dirons que « c’est ça la vie », que c’est vers cela qu’il faut aller, quitte à en payer le prix, et, s’il le faut, sans compter sa peine.

Et pourtant, Frères et Sœurs, et pourtant. Nous savons bien aussi qu’il y a des jours où le ciel s’effondre, et où les puissances des cieux sont ébranlées, pour parler comme l’évangile que nous venons d’entendre. Un cancer dépisté trop tard, une contamination avérée qui prend une forme grave, un enfant qui portera un handicap, un chômage inattendu, un accident, une séparation, et tant d’autres malheurs qui donnent l’impression de frapper aveuglément, et face auxquels on ne peut plus rien. Et tout d’un coup nous sommes désemparés. Nous avons peur et nous crions à l’injustice.

Plusieurs penseraient alors, avec beaucoup de nos contemporains, que si Dieu existait il ne permettrait pas que cela se produise. Car si Dieu n’est pas là pour empêcher le mal, il ne sert à rien. Si Dieu n’est pas là pour assurer notre bonheur tranquille ou notre réussite, et s’il n’est pas là pour nous y ramener quand nous nous en éloignons, alors il n’est d’aucun secours et d’aucune utilité.

Je sais bien, Frères et Sœurs, que chacun et chacune d’entre vous est tout à fait capable – un - de tenir ce raisonnement et – deux - de savoir ce qu’il faut en penser. Mais je le reformule avec vous et pour vous ce matin, parce que le Seigneur vient. Quoi que nous vivions, il vient dans nos existences. Et, au soir de notre vie, nous savons que la vraie question qui nous habitera, ce sera celle de notre amour, de ce qu’aura été la vérité de notre amour, pour paraphraser saint Jean de la Croix.

Même sans grandes catastrophes dans notre vie personnelle, même sans grande foi en Dieu et sans grande profondeur spirituelle, nous savons bien que les œuvres ou les idées que nous laisserons dans notre monde ne nous porteront pas bien loin dans l’au-delà, si elles ne sont pas elles-mêmes portées par l’amour, et par un grand amour. C’est peut-être pour cela que, dans la deuxième lecture aux Thessaloniciens, l’apôtre Paul demande que nous ayons entre nous et à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant, pour que nos cœurs soient fermes et irréprochables lors de la venue de notre Seigneur.

Et vous le savez bien, Frères et Sœurs, même s’il faut toujours le dire et le redire, cette venue du Christ jusqu’à nous, ce n’est pas seulement le jour de notre mort. C’est tous les jours de notre vie, parce que le Seigneur vient en permanence dans notre monde, à chaque messe, à chaque prière, à chaque acte d’amour qui est vécu en vérité. C’est ce que le pape Benoît XVI appelait « le régime spirituel » dans lequel nous sommes, et, en particulier le régime de notre baptême. Car notre baptême ne nous installe pas dans la tranquillité d’une eau calme ou dormante.

Notre baptême fait sourdre en nous une eau vive jaillissant en vie éternelle, comme le dit Jésus à la samaritaine. Et cette eau vive, c’est Jésus qui vient en nous par l’Esprit-Saint. C’est Jésus qui passe en nous de la mort à la résurrection par la puissance de l’Esprit-Saint, par la puissance de son amour. C’est Jésus qui passe en nous de la mort à la résurrection au fur et à mesure que nous le laissons venir dans tous les coins et les recoins de notre cœur et de nos vies. Notre baptême, ce n’est pas une situation avantageuse qui nous assurerait notre avenir éternel. Non. Notre baptême, c’est le Christ en nous qui règne et qui bataille pour nous arracher à la domination et à la fascination du mal par la puissance de son amour. C’est le Christ en nous qui nous libère de la peur et du désespoir, si nous le laissons venir dans tous les événements heureux ou malheureux de notre existence.

Je dis bien « si nous le laissons venir ». Car il ne vient jamais par force, mais toujours par grâce. Et si nous ne l’accueillons pas, nous ne le verrons pas. Si nous persévérons dans la dureté de cœur, dans la convoitise, le mensonge et le péché en général, nous ne le reconnaîtrons pas quand il viendra souffrir avec nous et en nous tous les tourments du monde.

Nous sommes ainsi faits, Frères et Sœurs, qu’il nous faut parfois des catastrophes pour nous ouvrir les yeux, pour nous faire voir enfin que Dieu est avec nous, qu’il vient à nos côtés, pour que nous traversions avec lui même les ravins les plus profonds, au lieu de nous révolter contre lui. « Ce jour-là, dit l’évangile, relevez la tête car votre délivrance est proche », parce que vous aurez gardé l’amour de Dieu dans votre cœur, et que, même au milieu des douleurs, vous aurez vu briller en ce monde la lumière obstinée de votre éternité.

Vous vous rappelez, Frères et Sœurs, le saint pape Jean-Paul II qui avait commencé son pontificat en disant « n’ayez pas peur », alors qu’il avait connu le nazisme en Pologne, l’extermination des juifs et la deuxième guerre mondiale. Eh bien, demandons par lui à notre Dieu, ce matin, de ne pas avoir peur nous non plus, et de relever la tête, non par arrogance ou par mépris, mais par désir plein d’amour de voir venir en nous et dans notre monde celui qui vient pour tous sauver. Amen.

Père Patrick Faure

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