Jésus est le Christ, le Messie

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Homélie prononcée le 12 septembre 2021

Frères et sœurs,

Voilà cette confession de l’apôtre Pierre que nous venons d’entendre : Jésus est le Christ, le Messie, c’est-à-dire celui qui est revêtu de la grâce de Dieu, de l’onction divine, celui qui est en pleine communion avec Dieu, avec la source de la vie, de la lumière et de la paix. Jésus est le Christ, le Messie. Mais il ne l’est pas pour lui-même. Il l’est pour nous, pour que nous participions à sa grâce, à son onction, pour que nous soyons nous aussi dans la pleine communion avec Dieu, et que nous y trouvions la vie, la lumière et la paix.

Et comment participons-nous à cette grâce du Christ ? Par le baptême qui fait de nous les frères et les sœurs du Seigneur, ses membres, son corps, sa présence au milieu du monde.

Les saints et les saintes sont ces hommes et ces femmes qui prennent leur baptême au sérieux, ces hommes et ces femmes pour qui la communion avec Dieu est au cœur de leur vie, en toutes circonstances. Et nous sommes tous appelés à devenir comme eux. Or que se passe-t-il ?

Voilà que Jésus, le saint de Dieu, va être condamné par les autorités religieuses de son peuple, va souffrir horriblement et mourir torturé sur une croix romaine. Voilà que la Vierge Marie pleine de grâce - elle aussi dans l’onction divine de son fils - va devenir veuve assez tôt, va voir son seul enfant crucifié sous ses yeux, et va se retrouver seule, sans mari, sans fils et sans ressources, et sera confiée au jeune apôtre Jean.

Et voilà que les saints et les saintes ne retireront de leur sainteté aucune garantie de bien-être, de revenu stable, de promotion dans leur carrière ou dans leur vie sociale, mais que plusieurs d’entre eux seront martyrs et que tous, en tout cas, auront pour bien suprême de leur vie les seuls noms du Père, de Jésus et de l’Esprit-Saint, de Marie, des apôtres et des premiers chrétiens.

Voilà ce qui se passe, Frères et Sœurs, lorsque la grâce du Christ nous habite et nous décentre de nous-mêmes, de la recherche effrénée de nos intérêts individuels ou collectifs, de tout ce que le monde encense et envie. Voilà ce qui se passe quand la grâce du Christ nous fait avancer dans la vérité de l’amour, et nous fait comprendre peu à peu ce que veut dire « réussir sa vie », « se réaliser pleinement en tant qu’être humain » et accomplir sa vocation. L’apôtre Pierre n’en était pas là dans l’évangile de ce matin.

Pour lui, le Christ, le Messie, c’était l’homme qui devait réussir brillamment, fût-ce au prix des souffrances qu’il faut consentir pour faire grandir une famille, pour bâtir un pays, pour gouverner des peuples, pour servir une noble cause. Et cela, nous le savons bien, est commun à tous les hommes. Le Christ, le Messie, tel que Pierre le concevait, c’était l’homme qu’on admirait pour son énergie et sa pugnacité. C’était le roi ou le chef auquel on se ralliait parce qu’on pressentait en lui la capacité de réduire les ennemis au silence, et la force de montrer ce dont on était capable pour vaincre les puissances qui divisent, et pour faire avancer le plus grand nombre dans une direction qu’on jugeait bonne. C’est ainsi que Pierre voyait les choses.

Et nous savons bien que nous sommes comme lui, prêts à nous scandaliser ouvertement ou en sourdine dès qu’on nous parle un peu trop de renoncer à nous-mêmes, et de porter nos croix en communion avec tous ceux qui souffrent.

Pourtant nous savons aussi, Frères et Sœurs, parce que nous l’avons appris et compris, que le Christ n’est pas là pour nous aider à réaliser nos rêves de prospérité ou de conquêtes. Le Seigneur n’a pas été crucifié sous Ponce Pilate simplement pour nous aider à porter les vicissitudes du quotidien, et nous encourager vaille que vaille dans ce que nous pouvons faire, dans nos projets ou dans nos ambitions quelles qu’en soient les difficultés. Cela, Saint Pierre le voulait déjà. Mais il s’est fait rabrouer vertement : « passe derrière moi, Satan, lui dit Jésus, tes pensées ne sont que celles des hommes. Et tu fais obstacle au plan de Dieu ».

Comprenons-le, Frères et Sœurs : le Christ n’est pas ressuscité des morts pour bénir ce dont nous sommes capables, même au prix des efforts et des peines, mais pour accomplir en nous ce dont nous sommes incapables et dont nous ne serons jamais capables par nous-mêmes, c’est-à-dire pour vaincre en nous la mort, et plus exactement pour vaincre l’empire de la mort sur nos esprits, nos esprits qui ont peur de la maladie, peur de la souffrance et peur de la déchéance parce qu’ils ne savent pas les remplir d’amour, les vivre dans l’amour, dans l’amour de Dieu et dans l’amour fraternel où l’on se porte les uns les autres dans la prière et dans l’écoute.

Porter sa croix à la suite du Christ ne veut pas dire se laisser passivement écraser par le poids des drames et des catastrophes. Porter sa croix à la suite du Christ veut dire trouver dans sa vie spirituelle et dans la vie fraternelle de l’Église le ressort qui permet de faire quelque chose de ces épreuves, à commencer par les offrir à Dieu pour qu’il vienne, lui, les habiter par sa grâce, et permettre qu’on les vive en union avec lui.

Le Christ n’enlève pas les tempêtes, mais il permet qu’on les traverse avec lui, et qu’on y reçoive de lui la persévérance et la paix. Il n’enlève pas le combat, mais il y donne la joie. Il n’enlève pas la mort, mais il y apporte un grand amour qui change tout. En Jésus, Dieu n’est pas venu tolérer la souffrance. Il est venu l’épouser, en nous épousant nous. Il n’est pas venu faire l’apologie du malheur pour punir le péché, sinon il n’aurait pas commencé son ministère en Galilée en guérissant les malades et en nourrissant les foules. Non. Il est venu, et il vient, pour que l’amour du ciel descende en nos cœurs et transforme toute notre vie, tout notre passé, tout notre avenir et toute notre mort, et pour que cet amour donne à nos existences une fécondité insoupçonnée. Les exemples ne manquent pas.

Là où les chrétiens sont persécutés pour leur foi et ne laissent derrière eux que des statues détruites et des églises éventrées, l’Esprit-Saint enraye la désespérance parce qu’il unit les chrétiens plus fortement au Seigneur Jésus ressuscité, en qui les vivants et les morts ne font qu’un dans l’amour et dans la prière. Cela, Saint Pierre ne pouvait pas l’imaginer avant de voir tous les martyrs de Rome, et avant d’entrer lui-même un jour dans le cirque du Vatican et donner à ce lieu un rayonnement universel imprévu. Telle est la fécondité du Christ.

Là où les chrétiens sont meurtris ou scandalisés à cause des abus commis sur des mineurs par des responsables d’églises et surtout par des prêtres, l’Esprit-Saint du ressuscité pousse à faire la vérité malgré les résistances, et il nourrit l’espérance que la guérison des mémoires et la reconstruction des personnes sont des chantiers auxquels on peut travailler dans le respect sincère et l’amitié désintéressée. Cela non plus, l’apôtre Pierre ne pouvait pas l’imaginer avant d’avoir lui-même renié le Christ et s’être effondré dans la nuit de la Passion, et avant de se relever pour affermir ses frères et toutes les victimes, dans une patience et un amour surnaturels qui pouvaient tout supporter.

Tout cela pour ce Jésus qu’un jour il avait suivi quand tous les autres l’abandonnaient : « à qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,69).

Ce matin donc, Frères et Sœurs, nous devons bien voir que notre foi chrétienne n’est pas une opinion ni une idée. C’est une relation vivante et personnelle avec quelqu’un qui a marché sur nos routes au Proche-Orient il y a 2000 ans. Notre foi chrétienne nous attache au Messie d’Israël que nous ne fabriquons pas dans nos têtes, mais que nous recevons du peuple juif qui traverse l’histoire en portant la Loi et les Promesses de Dieu. Et c’est parce que nous aimons ce Messie, et que nous croyons en lui, que nous sommes ici ce matin.

Alors soyons heureux de nous retrouver le dimanche pour prier ensemble et recevoir la paix du Christ, parce que sans cette paix, le cœur du monde est dans une guerre sans fin, à cause de ses peurs et de ses croix. Mais dans l’amour et dans l’Esprit du Christ ressuscité vainqueur du mal et de la mort, nous pouvons avec assurance porter à nos contemporains la lumière d’une grande espérance et d’une grande joie pour la vie du monde et pour l’avenir de notre humanité. Amen.

Père Patrick Faure

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