Jeudi Saint

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Homélie prononcée le 1er avril 2021

Dieu ne sait pas aimer à moitié ; Il est Amour, Il n’est qu’Amour Infini, Il ne peut aimer que dans le don total de Lui-même. Il a tout créé par amour, et Il ne cesse d’agir pour faire passer l’humanité d’une situation d’esclave à la liberté des enfants de Dieu. Il habite l’histoire des hommes pour en faire, avec leur collaboration, l’histoire du salut. Au cours des millénaires, Il choisit des hommes, Il les appelle à une mission particulière pour être ses collaborateurs privilégiés dans cette œuvre de libération. Faire mémoire de l’œuvre de Dieu au cours des siècles permet aux hommes de prendre conscience de la liberté que Dieu leur a accordée et de s’y maintenir. C’est ainsi que le passage de la Mer Rouge est inscrit durablement dans la mémoire du peuple élu, comme action puissante de Dieu pour le libérer du joug des Egyptiens. Dieu a institué cet événement libérateur comme mémorial à célébrer chaque année, afin que le peuple se souvienne et demeure fidèle à Dieu et à la liberté reçue de Lui.

Jésus, le Fils de Dieu fait homme, est venu poursuivre et mener à son accomplissement cette œuvre de libération par sa propre mort sur la croix. Il transforme le mémorial de la Pâque juive en mémorial de sa propre Pâque, c’est-à-dire de son passage de ce monde au Père, par lequel Il libère ceux qui croient en Lui de l’esclavage de Satan. Lui, le Maître et Seigneur, a pris la condition d’esclave, la condition de celui qui s’abaisse et lave les pieds des invités au repas. Il donne sa vie ; Il se fait agneau pascal immolé et consommé, Il se donne en nourriture pour la vie du monde. L’Eucharistie est le mémorial de l’amour jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême de l’amour ; Il nous a laissé ce grand sacrement pour que nous le célébrions en mémorial de son sacrifice, offert pour le salut du monde. Ainsi nous recevons directement les fruits du sacrifice du Christ ; nous communions à son humanité livrée, nous communions à la victoire de la charité divine.

« Faites cela en mémoire de moi » nous dit-Il. Faire mémoire, ce n’est pas seulement célébrer des rites qui évoquent un événement passé et le rendent présent, mais c’est aussi actualiser dans nos vies la charité divine qui est le fruit de ce sacrement. Faire mémoire est une invitation à faire comme Il a fait pour nous. Le sacrement de l’amour divin sauveur ne peut être vécu que dans l’offrande de soi à Dieu et un engagement d’amour fraternel. C’est ce que veut signifier le lavement des pieds au cours du dernier repas de Jésus.

Le mémorial du sacrifice du Christ est institué au cours d’un repas, signe de convivialité, de partage, de communion, qui évoque la joie, le banquet nuptial eschatologique. Au cours de ce repas, le Maître du repas se lève de table, se dépouille de sa dignité de Maître et Seigneur, se fait Serviteur. Judas n’a pas supporté ce renversement des valeurs, et c’est la cause de sa trahison. Pierre, d’abord réticent, se livre tout entier à l’amour du Christ. Accepter de se faire laver les pieds par le Seigneur ne va pas de soi. Cependant, se laisser laver, se laisser aimer, est la condition de l’accès au repas. Comment communier au sacrement de l’amour en refusant de se laisser aimer en vérité ? Comment participer fructueusement à l’Eucharistie en refusant que l’amour de Dieu vienne nous laver, nous purifier, jusque dans nos zones d’ombre ?

En méditant l’évangile du lavement des pieds, nous comprenons que participer à l’Eucharistie, c’est entrer dans la logique de l’amour qui se donne et se reçoit, se livrer à Dieu par Jésus-Christ et s’engager dans le service des autres. Notre participation à l’Eucharistie est une réponse à l’invitation du Christ sans aucun mérite de notre part et un engagement. Les invités sont des convives, et non pas seulement des individus qui viennent prendre leur part du repas avant de repartir chacun chez soi. Ils sont d’autant plus en communion qu’ils se sont laissés laver les pieds par Celui qui les a invités. De plus Jésus demande à ses invités de faire comme Lui, et de se laver les pieds les uns aux autres. C’est une communauté de serviteurs que Jésus constitue, pour un service mutuel. La fraternité a commencé au Cénacle, disait St Pierre-Julien Eymard ; L’Eucharistie est le centre de toute vraie socialisation humaine ; elle est le lien par excellence entre les êtres humains.

L’institution du sacrement de l’Eucharistie, le sacrement de la charité, est aussi l’occasion pour Jésus d’instituer le sacrement de l’ordre, pour assurer la présidence de ce repas sacré et agir en son Nom, Lui qui est la Tête de l’Eglise. Les prêtres ont pour mission particulière de laver les pieds des fidèles dans le sacrement de la réconciliation et de dire les paroles du Christ sur le pain et le vin pour qu’ils deviennent son Corps et son Sang. Ils mettent leur sacerdoce ministériel au service du sacerdoce baptismal des fidèles, dans leur relation avec Dieu et entre eux. Dans ce service qu’ils assurent par appel de Dieu, ils n’agissent pas en leur nom propre ; ils ont offert leur vie, en réponse à l’appel de Dieu, pour que le Christ agisse à travers leur personne et leur ministère. Le célibat sacerdotal auquel ils s’engagent librement est signe de la remise qu’ils font de leur être au Christ, en imitant son célibat, sa chasteté, et sa vie donnée à Dieu et à tous.

Les prêtres peuvent faire leur les paroles de Marie aux servants des noces de Cana : « faites tout ce qu’Il vous dira » ; pour bien exercer leur ministère, ils savent qu’il leur faut écouter et obéir au Christ. Deux paroles du Christ sont particulièrement importantes pour la fécondité de leur ministère ; celle que Jésus prononce après le lavement des pieds : « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » ; et après avoir donné son corps à manger et son sang à boire : « faites cela en mémoire de moi ».

L’Eucharistie constitue, construit la communauté chrétienne, elle fait l’Eglise, de même que l’Eglise fait l’Eucharistie. Elle doit manifester l’engagement de service mutuel de tous, dans la logique de l’amour jusqu’au bout de Jésus, chacun à la place que le Seigneur lui a fixée.

Que le Seigneur nous donne la grâce de vivre toujours mieux et de manière plus éclairée nos Eucharisties, pour que sa charité puisse transfigurer nos communautés !

† Guy de Kerimel
Évêque de Grenoble-Vienne

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