L’appel du Christ à changer de vie

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Homélie prononcée le 24 janvier 2021

Frères et Sœurs,

cette année, le dimanche à la messe, nous entendrons surtout l’évangile selon saint Marc, sauf pendant le Carême et le Temps Pascal. Et nous commençons, ce matin, par le récit qui raconte comment Jésus appelle ses quatre premiers apôtres, au bord du lac de Galilée. C’est un récit court, clair et concis, sans fioritures, comme il convient aux évangiles canoniques retenus par la tradition de l’Église. On aimerait presque en savoir plus, avoir plus de détails, tellement on est surpris que ces quatre hommes répondent aussi vite à l’appel du Christ – "aussitôt", nous dit saint Marc – en lâchant tout pour le suivre, alors que nous-mêmes nous tergiversons si souvent pour savoir où, quand, comment, peut-être... nous allons faire un pas de plus dans notre vie chrétienne pour répondre à cet appel de Dieu, et lâcher ce qu’il faut lâcher pour mieux suivre le Christ. Voilà donc ce récit tout simple qui semble tenir en une demi-journée à peine.

Pourtant, Frères et Sœurs, ne nous laissons pas tromper par la sobriété de l’évangile. L’appel du Christ dans la vie de Simon et d’André, de Jacques et de Jean, n’a pas retenti en dix minutes au bord de l’eau, avec rien avant et tout après. Non. Déjà dimanche dernier, l’évangéliste saint Jean nous a raconté comment Jean-Baptiste a identifié Jésus à l’Agneau de Dieu, et comment il l’a présenté à André qui est allé chercher son frère Simon-Pierre pour le lui faire connaître. Vous le voyez, saint Marc a retenu un épisode au bord du lac. Saint-Jean a retenu un autre épisode, au bord du Jourdain. Ces différents récits ne se contredisent pas. Ils se complètent. Et ils nous disent que l’appel du Christ retentit dans nos vies à des moments très différents, mais qu’à chaque fois nous avons une réponse à donner.

Plusieurs fois, dans nos existences, Dieu nous visite, ordinairement dans notre quotidien, mais aussi dans les grands événements de la vie, les naissances, les décès, les rencontres, les épreuves, les succès, les échecs. A chaque fois, nous pouvons nous ouvrir à Dieu, nous interroger sur lui et nous tourner vers lui, ce qui est déjà une façon de répondre à sa sollicitation. Mais nous pouvons aussi – contrairement à l’évangile – rester dans nos filets, dans nos réseaux, dans nos barques et nos activités, sans penser à Dieu, sans prêter attention à ce qu’on dit de lui, et à ce qu’il dit de nous. Et dans ce cas, nous restons sourds et enfermés dans nos idées ou dans nos idéologies.

Pourtant, que nous soyons croyants ou non, il est une vérité qui s’impose à tous, et qui coupe court à bien des discussions : c’est que nous sommes précaires, fragiles, vulnérables, beaucoup plus que nous pensons, et beaucoup plus que nous sommes prêts à l’accepter, tellement nous faisons confiance à la science et au développement technologique pour mettre fin à tous nos problèmes. Or, c’est justement pour nous rappeler cette vérité dérangeante que, dans la première lecture, le prophète Jonas joue le rôle de « lanceur d’alerte » qui prévient la grande ville de Ninive que, si elle ne change pas de mentalité, elle sera détruite au bout de 40 jours, c’est-à-dire, en décodant le symbole biblique, au bout d’un temps qui représente une génération.

Transposé à notre époque, cela veut dire que des voix prophétiques s’élèvent aujourd’hui dans notre monde pour dénoncer les destructions que notre civilisation industrielle inflige de plus en plus à notre environnement, et pour dénoncer également la dégradation de l’éthique et du respect des personnes que les groupes de pression et les systèmes législatifs imposent de plus en plus à l’intégrité physique des plus faibles. Les Jonas d’aujourd’hui tirent la sonnette d’alarme, et appellent à un changement d’attitude, dès notre génération et la génération suivante, pour sauvegarder notre « maison commune », comme l’appelle le pape François qui ne pense pas uniquement à notre planète, mais qui pense aussi à notre humanité elle-même. À travers le saint Père, le Christ avertit et appelle à un changement de vie, et pas seulement à travers le saint Père. Le Christ exhorte également à travers les autres prophètes de notre temps et les instances de l’Église qui soutiennent les hommes et les femmes de bonne volonté engagés dans la transformation des mentalités pour affronter les défis à venir.

Il ne s’agit pas simplement de se convertir à l’écologie de la nature et à la protection de l’environnement. Il s’agit de se convertir à l’écologie humaine intégrale qui passe nécessairement par la dimension spirituelle et croyante dont l’homme est capable, parce que seule cette dimension peut apporter à nos contemporains le niveau de conscience et d’élévation qui pourra les accompagner dans les grandes mutations que nous aurons à vivre.

Or, la suite du Christ est taillée pour cette aventure, non pas à cause des disciples du Christ qui auraient des capacités particulières, mais à cause du Christ lui-même dont l’autorité se manifeste sur les cœurs dans les textes d’aujourd’hui, et s’étend jusqu’aux éléments de la nature dans la suite de l’évangile. Celui à qui les quatre premiers disciples d’aujourd’hui adhèrent aussitôt lorsqu’il les appelle, c’est celui qui multiplie les pains, qui guérit les malades, qui expulse les démons, qui relève les morts, qui commande aux éléments et qui enseigne les foules.

Mais ce qu’il nous faut bien voir ce matin, c’est que si les apôtres ont répondu aussi vite à l’appel du Christ, et ont si vite obéi à son autorité, ce n’est pas d’abord à cause de ses pouvoirs miraculeux qui les auraient fascinés ou séduits, ni à cause de la puissance de son enseignement qui n’est pas comme celui des scribes. Si les premiers apôtres ont adhéré si vite, c’est parce que dans les pouvoirs miraculeux du Christ, dans la puissance de son enseignement, dans l’exercice-même de son autorité, ils ont été touchés, bouleversés par la grandeur et la profondeur de son amour qui se manifestent dans son regard et dans sa parole. Saint Marc le note un peu plus loin, lorsque Jésus rencontre l’homme riche désireux de vie éternelle : « l’ayant regardé, il l’aima, et lui dit : ‘suis-moi’ » (Mc 10,21).

C’est bien par amour qu’on répond au Christ et qu’on lui reste fidèle, non pas seulement par sentiment amoureux, mais par volonté d’aimer, comme l’a bien compris sainte Thérèse de Lisieux pour qui « suivre le Christ » c’était « aimer jusqu’à la mort » même dans les nuits les plus obscures de la foi et des sens. Et c’est bien cette réponse d’amour à l’amour de Dieu manifesté dans le Christ qui pourra soutenir notre humanité fragile et inquiète dans les immenses défis qui l’attendent. C’est bien cet amour indéfectible de Dieu qui a envoyé les prophètes et maintenu Israël en vie malgré les drames de son histoire, cet amour qui maintient aussi l’Église en vie au milieu des nations malgré les déficiences de ses enfants, cet amour qui maintiendra encore les disciples du Christ et les hommes de bonne volonté dans les changements radicaux que l’avenir nous réserve.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’appel des disciples apparemment si simple et si modeste que nous entendons ce matin. L’Eucharistie elle-même nous est donnée comme cela, toute simple et toute modeste. Or, l’Eucharistie, nous le savons, c’est Jésus lui-même qui se fait nourriture pour fortifier nos cœurs. C’est l’évangile en personne qui vient à nous. Et c’est Dieu lui-même qui nous rassemble pour nous faire goûter, dès ici-bas, la joie de vivre ensemble en sa présence et dans sa lumière.

Alors, disons-lui notre amour et notre fidélité. Prions les uns pour les autres. Et soyons certains qu’il nous écoute, qu’il nous appelle et qu’il nous guide sur les chemins de la vie et de la paix sans fin. Amen.

Père Patrick Faure

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