Le Roi de l’Univers

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Homélie prononcée le 21 novembre 2021

Frères et Sœurs,

Comme vous le savez, la célébration du Christ Roi est assez récente, car elle a été instaurée il y a moins d’un siècle, en 1925, par le pape Pie XI face à l’athéisme militant du marxisme et du communisme en Europe de l’Est. Ces courants philosophiques et politiques n’ont pas disparu. Au contraire, ils se propagent dans différents pays qui les assimilent et qui s’en inspirent. En plus de ces courants d’athéisme, l’oubli ou le rejet de Dieu est aussi alimenté, de nos jours, par les ravages de l’extrémisme religieux, surtout islamiste mais pas seulement. Par ailleurs, dans nos démocraties dites avancées, le refus de se tourner vers Dieu est aussi véhiculé par le rêve de toute-puissance qui est lié au progrès des biotechnologies et au transhumanisme. Et il y a également la désaffection à l’égard de la prière et de la vie spirituelle qui tient au fait que les réseaux sociaux se referment fréquemment sur des centres d’intérêts purement matériels et mondains, à quoi il faut encore ajouter d’autres facteurs qui aggravent ce que Jean-Paul II appelait « l’apostasie silencieuse » en Occident, et surtout en Europe.

Comme si cela ne suffisait pas, il y a maintenant ces nombreux abus sexuels récemment dénoncés qui ont été commis par des prêtres ou par des responsables d’église sur des personnes fragiles depuis les années d’après-guerre. Ces actes criminels ont été souvent couverts ou minimisés par des supérieurs, hommes ou femmes, qui s’en sont lavés les mains comme l’a fait Pilate à la mort du Christ, et qui ont étouffé la vérité, en pensant qu’un jour elle finirait par être oubliée. Mais aujourd’hui cette vérité vient à la lumière, et la révélation des souffrances endurées par les victimes semble finir d’éteindre la confiance qu’on pouvait avoir en des personnes ou en des institutions censées servir les croyants, annoncer l’Évangile au Monde et apporter Dieu à nos contemporains.

Devant un tel inventaire, il y aurait de quoi baisser les bras. Et parler de la royauté du Christ semble aujourd’hui tout aussi dérisoire qu’il y a 2000 ans, quand le gouverneur de Judée faisait écrire sur la tête du crucifié pour se moquer de lui « Jésus de Nazareth, le roi des juifs ». Où est passée la royauté du Christ quand tout paraît si sombre ?

Il est pénible de voir l’athéisme érigé en progrès de civilisation. Il est douloureux de reconnaître les scandales et de s’attaquer aux mentalités qui les ont permis, tout en travaillant parallèlement à mettre en place les réparations qui s’imposent. Souffrir intérieurement ou publiquement des traumatismes subis par les victimes, souffrir des contre témoignages donnés par des pasteurs, et souffrir aussi des apostasies anticatholiques fait partie du chemin de croix que l’Église, à la suite du Christ, doit accomplir à cause de ses enfants pécheurs et de ses membres indignes. Jésus lui-même l’a dit dans l’évangile de saint Mathieu : « il est inévitable qu’il y ait des scandales. Mais malheur à ceux par qui le scandale arrive » (cf. Mt 18,7).

Où est alors la royauté du Christ quand tout paraît si sombre ? Elle est là où elle a toujours été, Frères et Sœurs, c’est-à-dire sur la Croix, dans l’amour incompréhensible du Christ, dans ce Fils de Dieu torturé par le péché des hommes, y compris des croyants. La royauté du Christ, elle est dans ce Messie qui porte sur lui le mal infini qui extermine le monde, mais qui trouve en lui le moyen surhumain de dire à son Père : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Notre roi est le roi des juifs. Et ce roi est crucifié, couronné non pas d’or mais d’épines. Et sa seule puissance est celle de son amour. Et tout est là.

Son amour qui se laisse crucifier pour épouser jusqu’au bout nos souffrances les plus innommables. Son amour qui ne faiblit pas, qui va jusqu’à la mort sans renier ni Dieu ni les hommes. Cet amour qui n’est pas de ce monde, et qui vient sauver ce monde, cet amour dont la puissance est telle qu’il va transformer les chairs déchirées de cet homme condamné. Ce que nous appelons son cadavre physique va connaître un processus inconnu de nos sciences, mais pourtant annoncé par les Écritures Saintes, le processus inouï de la résurrection qui n’est pas le retour à la vie de ce monde, mais qui est l’entrée dans la vie éternelle.

Et la puissance du Christ, son « pouvoir » royal, comme le dit le pape Benoît XVI, c’est le pouvoir de donner, de communiquer, cette vie éternelle, de libérer du mal, de vaincre la mort et la terreur qu’elle inspire. Ce pouvoir du Christ Roi, ce pouvoir vivifiant qui fait revivre, c’est le pouvoir de son amour, de son amour pour son Père et pour nous. Et cet amour-là, il a un nom : c’est l’Esprit-Saint. Le pouvoir vivifiant du Christ Roi, c’est l’efficacité de l’Esprit-Saint qui apporte la paix dans les conflits les plus âpres, qui allume l’espérance dans les ténèbres les plus épaisses, jamais par force, toujours par grâce, en respectant notre liberté, en nous faisant grandir dans la vérité, parce que le Christ est venu rendre témoignage à la vérité, comme il l’a dit devant Pilate, dans l’évangile que nous venons d’entendre.

Le règne du Christ, l’action de l’Esprit-Saint, est réellement efficace dans les cœurs qui l’accueillent. Le pape François nous invite à voir que « certaines personnes autour de nous se transforment - et souvent nous ne savons ni pourquoi ni comment – et deviennent des agents de paix et de réconciliation. » Par son amour, par son Esprit-Saint qui ressuscite les morts, Jésus est roi. Et il a le pouvoir de transformer notre vie en une offrande à Dieu. Et il a le pouvoir de transformer aussi notre mort en une offrande à Dieu, si nous lui ouvrons notre cœur.

Frères et Sœurs, vous l’avez compris : le Christ est le roi de l’univers parce qu’il est ressuscité des morts et qu’il donne la vie éternelle. Il est le prince de la vie (Ac 3,15) non seulement sur la terre mais aussi dans l’univers entier, parce qu’en tout point de l’univers où il y a la vie, la vie la plus élémentaire ou la vie la plus sophistiquée, cette vie est créée par Dieu et appelée par Dieu à devenir la vie éternelle du Christ ressuscité.

Dit autrement, la résurrection n’est pas seulement terrestre. Elle est cosmique. Elle est même plus que cosmique ou intergalactique. Elle est absolument transcendante. Car la résurrection de la vie n’est pas le prolongement plus ou moins artificiel de la vie mortelle d’ici-bas. La résurrection d’un être vivant n’est pas son évolution graduelle vers des niveaux d’existence de plus en plus élevés physiquement ou même spirituellement. Non, Frères et Sœurs. La résurrection, c’est la transformation de l’être tout entier qui entre, corps et âme, dans la gloire de Dieu, comme la Vierge Marie à son Assomption.

La résurrection du Christ Jésus qui fait de lui notre roi d’amour et de vie, cette sainte résurrection, elle est d’un ordre que le cœur et la pensée des hommes ne peuvent pas découvrir. Elle est d’un domaine que nos intelligences naturelles ou artificielles ne peuvent pas concevoir, parce qu’elle est de l’ordre de l’amour éternel créateur et sauveur de toute chose. Voilà – je dirais - la dimension transcendante et véritablement spirituelle de cette royauté de Jésus que nous fêtons ce matin. Voilà ce fils d’homme dont la domination éternelle ne passera pas, et dont la royauté ne sera pas détruite, nous a dit le prophète Daniel, dans la première lecture.

Voilà celui qui est l’Alpha et l’Oméga de toute chose, le souverain de l’univers, nous a dit l’Apocalypse de saint Jean, dans la deuxième lecture, en précisant qu’il nous aime, et que, par son sang, il nous délivre de nos fautes.

Rien ne nous séparera de l’amour du Christ, nous dit saint Paul, ni l’athéisme, ni le scandale, ni l’apostasie, mais seulement nous-mêmes ni nous persistons à le rejeter. Rien ne nous séparera de l’amour du Christ. Et c’est pour cela que, malgré les péchés abominables de certains de ses membres, l’Église est encore là aujourd’hui. Car c’est le Christ qui la construit, qui l’édifie, pas nous. C’est lui le roi crucifié mais ressuscité qui touche les cœurs et qui les réunit dans l’Église, malgré les crimes des pécheurs, mais grâce à la sainteté des saints.

Demandons-nous donc ce matin, Frères et Sœurs, si nous voulons vraiment suivre ce roi dans le bonheur comme dans les épreuves. Et soyons en tout cas bien certains qu’il nous aime plus et mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes, et que son amour qui nous rassemble aujourd’hui comme un petit reste au milieu des hommes, nous rassemblera un jour avec la foule immense de celles et ceux qui l’auront cherché dans les méandres de leurs vies. Que sa paix royale soit sur nous, et qu’il fasse de nous, aujourd’hui et demain, des artisans de paix qui portent au monde la lumière de son amour et de sa vie. Amen.

Père Patrick Faure

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