Le mariage indissoluble entre l’homme et la femme

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Homélie prononcée le 3 octobre 2021

Frères et Sœurs,

Vous vous en souvenez peut-être, il y a trois semaines avec l’apôtre Pierre, et il y a 15 jours avec les autres apôtres, l’évangile selon saint Marc nous a fait toucher du doigt le grand écart qu’il y avait entre l’idée qu’on se faisait du messie et ce que Jésus révélait de ce messie, entre cette idée du grand chef garantissant le bonheur en ce monde malgré les faiblesses humaines, et ce que Jésus était, un homme bienfaisant à l’enseignement puissant mais qui annonçait sa mort prochaine et son élévation en gloire. Et le Christ avait dû expliquer à ses disciples que l’entrée dans la vraie vie, la vie divinement belle que Dieu veut pour nous, ne se fait pas sans croix et sans renoncer à certaines conceptions bien humaines qu’on peut avoir sur Dieu et sur la félicité ici-bas.

Et dimanche dernier, face à ce que nos idées tout humaines ou nos faiblesses peuvent nous inspirer, saint Marc nous a redit que nous sommes toujours suffisamment libres pour consentir les sacrifices ou les renoncements qui nous aident à rester dans les voies de Dieu, mais qu’en même temps, s’il nous arrive malgré tout d’être à distance des institutions et des lois que Dieu lui-même a instaurées pour nous sauver, Dieu, lui aussi, reste libre de nous bénir par son Fils et par son Esprit-Saint, d’une manière que lui seul connaît.

En somme, Frères et Sœurs, s’il fallait résumer le parcours que saint Marc nous fait faire au fil des dimanches et de son évangile, nous dirions que le Seigneur Jésus nous tire vers le haut, qu’il nous élève au-dessus de nos façons de voir et de nos idées, qu’il nous appelle à la sainteté malgré nos fragilités, parce qu’il nous aime infiniment, parce qu’il nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes, et parce que, dans sa miséricorde, il prend tous les moyens pour nous faire grandir jusqu’à lui, dans son amour et dans sa vérité.

Eh bien, c’est sur cet arrière-fond d’exigence et de tendresse que nous abordons ce matin cet évangile que nous venons d’entendre, et qui nous parle de l’indissolubilité du mariage entre l’homme et la femme. Vous l’avez entendu : des pharisiens demandent à Jésus s’il est permis à un homme de renvoyer sa femme, c’est-à-dire, en clair, de divorcer.

Jésus sait bien que la loi de Moïse autorise le divorce pourvu que l’homme établisse un acte de répudiation qui permet à la femme de se remarier. Mais le Christ répond que cette autorisation est consentie par la Loi en raison de la dureté des cœurs, et qu’elle ne correspond pas à l’intention originelle et fondamentale du législateur, c’est-à-dire à l’intention de Dieu lui-même. Et le Christ rappelle que cette intention est mise au début de toute la Bible, dans le livre de la Genèse, là où il est dit que l’homme et la femme ne seront qu’une seule chair. Et il ajoute : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ».

Le caractère inséparable de cette union n’est autre que l’indissolubilité du mariage où l’homme quitte ses parents pour ne faire qu’un avec sa femme, tant que les deux sont en vie dans ce monde. Cette indissolubilité du mariage vient directement du Christ qui revient au premier principe de la volonté divine, alors que la suite de la loi de Moïse, dans le livre du Deutéronome, s’en écarte et s’en éloigne. Cette indissolubilité n’est pas une invention de l’église institutionnelle qui l’aurait imposée au fil des siècles par intérêt ou par abus de pouvoir aussi arbitraire qu’inhumain.

Rappelons-nous, Frères et Sœurs, qu’à cause de l’indissolubilité du mariage, l’église, au XVIe siècle, a perdu la couronne d’Angleterre, au temps du roi Henri VIII et de ses six femmes, et, avec cette couronne, toutes les provinces anglicanes dans le monde entier. Ce qui était perçu comme un refus du pape d’annuler le premier mariage du roi, était en réalité un refus du Christ de séparer ce que Dieu a uni. La fidélité au Christ a vraiment coûté très cher à l’église. Le cardinal Jean Fischer et le chancelier Thomas More l’ont payé de leur vie, comme les autres martyrs du XVIe et du XVIIe siècle en Angleterre.

Tant de souffrances et de persécutions auraient sans doute été évitées, si l’église s’était attribué le pouvoir de dissoudre le sacrement du mariage. Mais l’église n’est pas toute-puissante sur les sacrements. Et, lorsqu’elle les a donnés, elle n’a pas le pouvoir de les reprendre et de défaire ce que Dieu a fait par ses mains. Car le sacrement du mariage, c’est Dieu lui-même qui unit l’époux et l’épouse pour une union de toute la vie. Et lorsque Jésus remonte à la Genèse et à la création de l’homme et de la femme pour argumenter face aux pharisiens, il rappelle simplement que la différence des sexes entre l’homme et la femme n’est pas un phénomène culturel qui serait apparu dans certaines civilisations, et que la pérennité du mariage n’est pas davantage une convention sociale qui serait motivée par la sauvegarde de certains intérêts.

Le mariage transcende les conditionnements culturels et les conventions sociales. Il y a, d’ailleurs, comme un signe de cette transcendance dans le fait que, partout dans le monde et sous tous les climats, lorsque des jeunes demandent à se marier, c’est toujours pour toute la vie. Sinon, ils ne demandent pas le mariage, et ils vivent autrement. Et la possibilité civile du divorce n’enlève rien à cette intuition première de toute la vie qui est inscrite par le Créateur au plus profond du cœur humain, et qui est un reflet de l’amour de Dieu.

Dans cette profondeur humaine, l’homme et la femme sont parfaitement égaux. La conséquence est que chacun des deux peut répudier l’autre, et devenir adultère en cas de remariage, l’homme autant que la femme, ce qui à l’époque du Christ est complètement révolutionnaire.

Alors la vraie question, Frères et Sœurs, nous la connaissons bien : à cause de nos faiblesses et de nos inconstances, et aussi à cause de nos duretés de cœurs, faut-il rabaisser l’idéal du mariage chrétien, en le jugeant trop élevé, inaccessible et, finalement inhumain ? Vaut-il mieux suivre les pharisiens ou bien suivre le Christ ? La question est claire et simple. Mais elle n’est pas facile. Ce que nous savons, c’est que le Christ, lui, prend sur lui et porte avec nous nos faiblesses, nos fautes et toutes nos souffrances, parce qu’il nous aime tels que nous sommes, pauvres pécheurs.

Avec lui, Dieu n’est pas un juge qui brandit des lois pour nous punir de les transgresser, même s’il établit des lois et demande qu’on les respecte pour que nous puissions vivre ensemble. Avec le Christ, Dieu est un père plein de tendresse qui n’abandonne aucun de ses enfants, et qui, à travers les ombres et les méandres de nos vies, frappe à la porte de notre cœur pour nous donner librement sa grâce et sa miséricorde, même au-delà de ses lois et de ses institutions, pourvu que nous restions tournés vers lui, et vers la vérité de son amour.

Pour nous les hommes et pour notre salut, le Christ préfère maintenir l’idéal élevé d’un mariage indissoluble, et, en même temps, nous faire miséricorde à cause de nos fragilités, plutôt qu’abaisser cet idéal, et faire de nos fragilités la norme de notre humanité, de notre vie en société.

Telle est la grandeur de son amour qui nous éclaire, qui nous soutient, et qui élève notre amour humain. L’église aujourd’hui a développé de multiples instances de préparation au mariage, d’accompagnement des couples et des personnes seules et en souffrance. Et toutes ces initiatives sont autant de visages de l’amour du Christ qui nous rejoint là où nous sommes.

Le Christ nous demande simplement de lui faire confiance, comme ces enfants qui viennent à lui et qu’il bénit, dans l’évangile de ce matin. Remettons-lui donc notre vie, Frères et Sœurs, puisque nous savons que ce qu’il veut pour nous, c’est que nous grandissions dans la justice et dans la paix, que les uns avec les autres nous devenions une véritable famille spirituelle, et que nous goûtions la joie d’être des signes de sa présence et de sa lumière au cœur de notre monde. Amen.

Père Patrick Faure

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