Le relèvement prophétique de Lazare

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Homélie prononcée le 21 mars 2021

Frères et Sœurs,

en ce dernier dimanche de Carême, nous terminons les scrutins des catéchumènes qui seront baptisés à Pâques, dans deux semaines. Vous vous souvenez des scrutins précédents. Il y a d’abord eu la Samaritaine à qui le Christ a promis l’Esprit-Saint comme source de vie éternelle. Ensuite, il y a eu l’aveugle-né à qui le Christ a ouvert les yeux avant de se présenter comme le Fils de l’Homme et la lumière du monde. Et pour terminer, ce matin, il y a cet ami du Christ, Lazare, qui revient de la mort, et sa sœur Marthe à qui Jésus révèle qu’il est lui-même, en personne, la résurrection et la vie. Voilà ce miracle absolument extraordinaire, mais en même temps redoutable, car à cause de lui les autorités religieuses vont décider que Jésus doit être éliminé. Cet évangile que nous venons d’entendre nous introduit donc déjà dans les souffrances de la Passion et dans la gloire de la Résurrection.

À propos de la Résurrection, il y a peut-être un abus de langage qui appelle un certain éclaircissement. Nous ne devrions pas parler de « résurrection » quand nous parlons de Lazare. Car Lazare n’est pas ressuscité des morts. Non. Lazare est simplement revenu à la vie de ce monde qui est une vie mortelle. Parler de « ressusciter » ou de « Résurrection », c’est parler de la vie éternelle, de la vie qui ne mourra plus jamais, parce que c’est la vie glorieuse de Dieu lui-même dans la chair de l’homme. Et c’est Jésus le premier qui renaîtra d’entre les morts pour entrer dans cette vie éternelle, et pour nous y conduire. Comme le dit saint Paul : « le Christ ressuscité ne meurt plus. Sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir » (Rm 6,9).

Tel n’est pas le cas de Lazare qui va mourir une seconde fois, et qui est ramené à la vie terrestre en signe prophétique, mais en signe seulement de la Résurrection bienheureuse que Jésus inaugurera au matin de Pâques, en entrant dans une condition humaine pour nous inimaginable, et qui est pourtant notre avenir éternel. Donc, au lieu de parler improprement de la « résurrection de Lazare », il vaudrait mieux parler de son « relèvement », ou de sa « réanimation », ou de son « retour à la vie ».

Cela dit, cet évangile du relèvement de Lazare que nous entendons ce matin est vraiment bouleversant. Il est bouleversant parce qu’il nous replonge dans ces moments terribles où nous perdons nos proches, ceux qui nous sont chers, ces moments où nous pleurons et où nous sommes reconduits à l’essentiel de la vie parce que nous sommes en face de la mort. Et Jésus pleure. Et ceux que saint Jean appelle « les juifs », c’est-à-dire ici les judéens, les habitants de la Judée, pleurent aussi avec lui parce qu’ils l’aiment. Et nous voyons le Christ entouré de toutes ces relations d’affection et de proximité qui sont déjà l’église de Jérusalem en train de se rassembler autour de lui. Demandons-lui de nous laisser guider par son affection, par ses larmes et par son cœur pour approcher de ce grand mystère qui est le centre de notre foi.

Ce grand mystère, vous le savez, Frères et Sœurs, c’est la Pâque de Jésus, c’est-à-dire son passage – puisque Pâque veut dire « passage » - de la mort à la Résurrection. Et notre espérance, pleine de confiance et d’amour, c’est que cette résurrection que Dieu accomplit pour le Christ, il l’accomplira aussi pour nous, montrant ainsi que notre vie, comme celle du Christ, ne s’arrête pas avec notre mort en ce monde, mais va jusqu’à l’éternité bienheureuse.

Et comme si cette perspective déjà lumineuse n’était pas encore assez brillante, voilà que le bouleversement de Jésus qui pleure son ami Lazare entraîne un autre bouleversement, un véritable renversement des idées de son temps sur la Résurrection.

A Marthe qui lui dit : « je sais que mon frère va ressusciter au dernier jour », c’est-à-dire à la fin des temps, dans un avenir tellement lointain qu’il est indéfini, Jésus répond au présent, avec autorité : « Je suis la Résurrection et la Vie », ici et maintenant. Et je t’en donne un signe, en relevant ton frère. L’amour que Dieu nous porte en son Fils Jésus est tellement grand qu’il n’attend pas le bout de l’histoire humaine, ni la fin de notre planète, pour nous faire participer ou même goûter à la splendeur inouïe de la Résurrection. Et comment nous y fait-il participer ?
Vous le savez aussi, Frères et Sœurs : par notre baptême, par le don de l’Esprit-Saint, par la vie de l’Église où les pécheurs se sanctifient dans la justice et dans la charité.

Notre baptême est ce passage, cette porte, qui nous met un pied dans notre éternité, non seulement au jour de notre mort, mais tous les jours de notre vie. Car, c’est tous les jours de notre vie que nous mourrons un peu. Mais c’est aussi tous les jours de notre vie que nous ressuscitons un peu plus par la puissance de l’Esprit-Saint, dans l’amour du Christ et la fraternité de l’Église. Car, comme le dit encore saint Paul : « si notre homme extérieur va vers sa ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2Co 4,16).

Être baptisé, c’est être plongé dans le Christ, c’est-à-dire plongé dans cette humanité du Christ Jésus que Dieu a prise pour nous sauver, plongé dans cette humanité qui pleure, qui souffre de la mort, de la maladie, du deuil et de la séparation, plongé dans cette humanité qui souffre de voir ses limites s’imposer à elle cruellement, et mettre un terme à ce qu’elle espère de meilleur, mais plongé dans cette humanité du Christ notre sauveur qui, par la puissance de l’Esprit, passe de la vie de ce monde à la vie éternelle. Et grâce à notre baptême, nous pouvons faire ce passage tous les jours, si nous le voulons. Cela s’appelle « vivre son baptême ».

Si Jésus relève son ami Lazare et le ramène à la vie terrestre, et nous donne ainsi un signe prophétique de la transformation glorieuse et extraordinaire que sera sa Résurrection à lui, Jésus, c’est pour nous faire comprendre, Frères et Sœurs, que, dès cette vie terrestre, la puissance d’éternité de Dieu est à l’œuvre et travaille en nous, pour que nous fassions de cette vie terrestre un commencement librement consenti de cette vie éternelle qui nous attend, pour que nous apprenions déjà en ce monde à recevoir librement cette éternité, de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force, afin qu’à l’heure de notre mort, quand nous quittons ce monde, nous puissions la recevoir pleinement, cette éternité, et y entrer de plain-pied, dans la lumière et dans la paix.

Jésus relève Lazare et le ramène à la vie de ce monde, comme il a relevé tant de malades et de possédés en Galilée, mais aussi comme il nous relève à travers les sacrements de l’Église et la vie dans l’Esprit- Saint pour que nous adhérions librement à la puissance de vie éternelle qui est à l’œuvre dans ces relèvements terrestres, dans ces guérisons, dans ces sacrements, et dans ces soutiens fraternels que nous nous apportons les uns aux autres.

Oh, bien sûr, cette puissance de vie spirituelle et cette liberté nouvelle que le Christ nous offre et nous donne, et dans lesquelles nous devons apprendre à marcher, cette vie et cette liberté demeurent entravées par nos faiblesses et par nos fautes. Et, comme Lazare, nous sommes encore empêtrés dans nos bandelettes.

Mais le Christ dit à l’Église : « déliez-le, et laissez-le aller », pour que l’Église, en son mystère, nous délie de ce qui nous encombre, et nous aide à marcher dans la lumière.

Heureux sommes-nous d’avoir reçu de Dieu en Jésus la révélation d’une vie éternelle qui travaille dès maintenant la vie de ce monde, et vers laquelle nous allons tous. « Je suis la Résurrection et la Vie ». Car ainsi, c’est tous les jours que le Christ nous aide à vaincre nos morts, à nous relever, à ne pas désespérer, à tenir jusqu’au bout les combats de la vie que nous avons à remporter. Il est là, présent au milieu de nous et en nous, pour qu’avec celles et ceux que Dieu nous donne, et dans ce grand amour que nous célébrons en chaque eucharistie, nous avancions d’un pas ferme vers notre demeure éternelle, et puissions porter à nos contemporains la lumière de cette espérance, pour le salut de notre monde. Amen.

Père Patrick Faure

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