Maître, où demeures-tu ?

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Homélie prononcée le 14 janvier 2024

Cet appel des premiers disciples marque dans l’Évangile de Jean le début de l’activité publique de Jésus. C’est une page d’Évangile où le regard y prend autant de poids que la parole.
Tout commence par le regard de Jean le Baptiste. Il voit Jésus qui passe, il le suit des yeux, et il dit tout haut : « Voici l’Agneau de Dieu ! » : exactement le même témoignage qu’il avait donné la veille quand Jésus était venu vers lui : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Une expression un peu mystérieuse, avec une profondeur de sens qui s’enracine dans la Bible et le culte juif ancien. Dans le récit biblique de la sortie d’Egypte, le sang de l’agneau est signe d’appartenance à Dieu. Et le prophète Isaïe compare le Messie, le Sauveur attendu à un agneau : rejeté, il porte sur lui les péchés de son peuple et par sa vie donnée, il le renouvelle dans l’alliance avec Dieu. En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, Jean le Baptiste reconnaît en lui la réponse à l’attente de son peuple.
Les deux disciples de Jean ont suivi son regard, et ils comprennent qu’une page est tournée, que le relais est pris : l’Agneau de Dieu, l’Agneau pascal, celui qui délivre, l’Agneau muet qui se laisse mettre à mort à cause des péchés, l’Agneau vainqueur qui va enfin faire disparaître le mal dans le monde, c’est lui, celui qui passe là-bas : c’est Jésus. Et ils se mettent à le suivre.
Jésus se retourne et leur demande : « Que cherchez-vous ? »
Cette l’histoire, c’est un peu notre histoire. C’est bien l’histoire de l’appel que tous et toutes, un jour ou l’autre, nous avons perçu et qui nous rassemble ce matin. Jésus ne s’impose pas ; il passe … qui m’aime me suive ! Les deux disciples ont commencé à le suivre avant de commencer vraiment à l’aimer, parce qu’ils ont trouvé sur leur route un témoin, un vrai, un croyant, un inconditionnel du Royaume de Dieu, qui a pu leur dire : « Celui que vous cherchez, le voilà qui passe ».
Et si les deux disciples se sont mis en marche tout de suite, c’est certainement qu’une grande question travaillait leur cœur, une question qu’ils n’avaient pas étouffée. Déjà ils avaient pris la route de la conversion, de l’ouverture, en venant chercher le baptême de Jean ; déjà ils étaient prêts à aller plus loin, plus profond, ailleurs, là où ira celui qui passe. Et c’est pourquoi, lorsque Jésus se retourne et leur demande : « Que cherchez-vous ? », ils répondent à leur tour par une question. Non pas : « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quelle assurance nous donnes-tu ? » ; non pas : « Quelles sont tes conditions ? », mais une question qui est déjà toute une attente, comme un regard déjà confiant : « Maître, où demeures-tu ? »
Une question qui ouvre à une rencontre, à un possible. la question de celui qui se risque dans la foi et veut rejoindre un groupe de chrétiens.... Une question posée à partir d’une capacité d’engagement futur.

« Où demeures-tu ? », La réponse, André et l’autre disciple la recevront au long des mois qu’ils vont passer aux côtés de Jésus. Ils la recevront surtout lors du dernier repas, lorsque Jésus, fraternellement et solennellement, leur dira : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, tout comme moi, en gardant les commandements de mon Père, je demeure en son amour ».
La maison de Jésus, sa demeure, c’est l’amour du Père. « Venez, dit Jésus, et vous verrez ». Ce sont des réalités que l’on ne voit qu’en cheminant, qu’en approchant le cœur ouvert. « Ils allèrent donc ; ils virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui, ce jour-là. » Il était quatre heures du soir. Et jamais plus ils ne l’ont quitté. N’est-ce pas ce à quoi ce à quoi nous sommes invités en participant à l’eucharistie. La Parole nous transmet l’empreinte de Jésus en ses disciples et nous avons à nous positionner face à ce pain par lequel il nous invite à faire mémoire de lui et à l’accueillir en nous.
Vous avez certainement remarqué que Samuel dont nous parle la première lecture tout comme les apôtres ne sont pas allés directement à Dieu par eux-mêmes. Alors que Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, le prophète Élie le conduit à Dieu en l’invitant à répondre à son appel : « parle, ton serviteur écoute ». Et il en va de même pour les premiers apôtres. Jean-Baptiste ayant posé son regard sur Jésus, les deux disciples se mettent à le suivre puis c’est André qui amène Pierre au Christ.
À notre tour, nous sommes conviés à conduire celles et ceux qui le souhaitent, à découvrir et à rencontrer ce Dieu qui s’est révélé à nous en Jésus Christ. Peu importe qui nous sommes. Peu importe que nous soyons en pleine santé ou fragilisés par la vie, toutes et tous, nous avons cette possibilité de devenir de véritables témoins de cette foi qui vit au plus profond de chacune et chacun d’entre nous et ce, jusqu’à notre dernier souffle. Il ne s’agit pas de faire de grands discours, mais plutôt d’être ajusté à la volonté divine par la manière dont nous vivons nos vies. C’est là que Dieu continue de se révéler à nous aujourd’hui. Il a donc besoin de nous. Non seulement, nous sommes images de Dieu, mais également, chacune et chacun, à notre manière, nous sommes les témoins vivants de la présence de Dieu sur cette terre.
Telle est notre responsabilité de croyantes et croyants. Puisque nous sommes appelés à nous conduire les uns les autres auprès du Père, dans le Fils et par l’Esprit, nous sommes invités à devenir des êtres contagieux de cette foi qui nous habite. Nous avons à rayonner par notre manière d’être. Et si le doute se mettait à nous traverser, ne cherchons pas Dieu en levant les yeux vers le Ciel, mais rencontrons-le plutôt dans le cœur de celles et ceux de qui nous nous faisons proches. Grâce à eux, comme les premiers disciples, nous pourrons dire : « nous avons trouvé le Messie, ce qui veut dire : Christ ».
Que cette affirmation accompagne notre vie et conforte notre foi ! Faisons corps avec l’Agneau de Dieu. Son Esprit nous révèlera à nous même, comme il l’a fait pour Simon.
Amen !

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